| PARTITION CO-PRÉSENCES |
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| LAURIE JOLY | |
Présentation du Projet Co-Présences
Co-Présences est un projet de cartographie tactile de la station de RER Auber à Paris (Fr). Il s’est développé à partir d’une réflexion sur l’espace et la perception que nous en avons, la manière dont nous faisons appel aux sens pour éprouver, ressentir. L’ensemble du processus tend vers une approche et une réception sensibles de l’espace. Il propose une appréhension du lieu à travers les corps présents, immobiles et en mouvement, et invite à une lecture sensitive de l’espace cartographié.
La station de RER Auber a retenu mon attention d’abord par sa nature. Elle forme un lieu de passage, d’intercommunications d’où se dégage une activité constante qui évolue dans le temps. Des corps entrent en scène, se déplacent et se croisent en permanence ; tout arrêt n’étant que temporaire.
Elle renvoie d’autre part une activité, une circulation des corps qui se trouve définie par la construction même du lieu, par son architecture. De cet espace souterrain à trois niveaux se distinguent trois ensembles de flux corporels, de comportements dont la nature est ainsi liée à la fonction des étages de la station.
Dans le cadre du projet Co-Présences, cette concentration de corps contribue à révéler le lieu. La présence et la mobilité servent une délimitation spatiale de la station pour former une cartographie sensible.
Chaque corps est alors considéré comme une donnée, un ensemble d’informations. Celles-ci sont extraites par le médium vidéo puis analysées afin de déterminer pour chacun des corps une vitesse de déplacement (un tempo) et une durée de présence. Elles sont ensuite regroupées en fonction de leur localisation dans la station Auber et retranscrites sous forme de partitions d’espaces.
Ces ensembles de partitions donnent lieu à la création de matières sonores dont la nature est déterminée par la perspective d’un rendu optimum de vibrations.
Ces vibrations guident la lecture sur une surface sensible. Leur intensité varie en fonction de la mobilité et de l’immobilité des corps et de leur localisation. Le toucher, sens même de la présence, donne l’accès à l’information. Il permet de comprendre l’espace cartographié et de se situer au travers des différents degrés de vibrations.
L’ensemble du processus repose sur un point de vue d’observateur. Il s’apparente à une extraction d’informations par le médium vidéo, de données que forme chaque corps dans l’espace. Celles-ci sont analysées et retranscrites de manière à obtenir des ensembles de partitions (un pour chaque niveau de la station) en vue de la mise en forme de la cartographie tactile. Dans ce cadre, ces partitions d’espaces déterminent une matière sonore qui sert les vibrations sur la surface sensible, la lecture de l’espace cartographié.
La réalisation du projet Co-Présences requiert différentes étapes de travail, précisément cinq moments clés : l’étude du lieu, les prises de vues, l’analyse de données, la création sonore et la mise en forme de la cartographie.
Dans un premier temps, le travail a consisté en une recherche documentaire sur la station Auber, une récolte de différentes informations sur son histoire, sa construction, son architecture, etc. Ces archives, ces textes et visuels ont été réunis dans l’optique de créer un plan d’ensemble de la station et trois autres plans pour chaque niveau, supérieur, intermédiaire et inférieur.
Je me suis également rendue à Auber à plusieurs reprises pour procéder à différentes explorations, observant et prenant des notes sur la manière dont circulaient et se comportaient les corps sur chacun des niveaux de la station. Cette première partie du travail a déterminé l’idée d’une mobilité des corps définie par la construction du lieu et a permis de distinguer trois types de flux corporels
Les Mezzanines forment un espace à quatre volumes, deux aux extrémités de la station (Mezzanines Est et Ouest) et deux autres au centre (Mezzanines Centrales 1 et 2). Elles constituent le niveau supérieur servant les correspondances des lignes du métro et l’accès à la salle des échanges.
La circulation s’effectue en sens unique. Les flux sont réguliers. Les corps se déplacent en parallèle.
La Salle des Echanges est considérée comme un unique volume qui s’étend sur la longueur de la station. Elle est le niveau intermédiaire composé d’une salle de contrôle au centre et de commerces étendus sur la longueur-milieu de la station.
D’elle se dégage une circulation régulière en double sens dans un rythme soutenu. On observe également des déplacements en parallèle et en perpendiculaire.
La Gare de RER, le niveau inférieur, est constituée de deux quais latéraux, deux volumes parallèles étendus sur la longueur de la station.
Elle renvoie à la fois une circulation des corps régulière et une immobilité corporelle, définies par les allées et venues des trains de RER. Les déplacements s’effectuent en parallèle et en perpendiculaire.
Après avoir établi les plans de la station Auber, j’ai réparti les différents emplacements où ont lieu les prises de vues. L’extraction d’informations s’effectue par le médium vidéo. Chaque niveau est filmé à une ou plusieurs reprises dans l’optique d’obtenir une vue d’ensemble du niveau concerné de la station.
Ces vidéos sont réalisées au même moment de la journée, le matin entre 8h30 et 9h. A la fin, pour chacune d’elles, j’établis une documentation photographique des espaces filmés et je procède à leurs mesures.
L’analyse des données s’effectue pendant la visualisation des vidéos. A l’aide des plans, des mesures de la station Auber et des espaces filmés, j’effectue différents calculs et je détermine pour chacun des corps présents lors de l’enregistrement leur vitesse de déplacement et leur durée de présence.
Ces données sont retranscrites formant des partitions d’espaces qui présentent systématiquement un tempo, une durée et leur position sur la time-code. Un volume complet a été mis en forme puis édité. Il comprend 289 pages. Il se divise en trois parties. Le niveau supérieur compte quatre ensembles de partitions. Le niveau intermédiaire, un unique ensemble et le niveau inférieur, deux ensembles.
Ce volume de partitions sert la création sonore. Chaque niveau de la station comprend un nombre de morceaux équivalent au nombre de volumes d’espaces : quatre pour le niveau supérieur, un pour le niveau intermédiaire et deux pour le niveau inférieur.
Toutes les créations sonores sont d’une durée de quinze minutes. Elles sont réalisées à partir d’un même son dont le rythme et la durée dépendent des « corps-données ». Seule la fréquence sonore diffère en fonction de la localisation dans la station. On obtient ainsi la fréquence la plus haute sur les mezzanines et la fréquence la plus basse sur les quais de RER.
Dans le cadre d’une cartographie tactile, le son n’est utilisé que pour son rendu de vibrations, pour cet aspect sensitif de la matière. Il n’est donc pas considéré à travers l’écoute mais pour la sensation qu’il procure par le toucher.
Le projet Co-Présences est développé au sein du laboratoire de recherche FDM/EMERI à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris - ENSADLab. Il est cours de finalisation. Des tests sont actuellement effectués pour la mise en forme de la cartographie sur des tablettes mobiles type IPad via un logiciel de programmation.
En dehors de ce cadre de recherche, deux autres mises en forme sont envisagées. L’une garde comme perspective un dispositif de cartographie tactile sur un support plus volumineux. La deuxième s’oriente plus particulièrement vers un travail d’installation.












Laurie Joly est artiste-chercheur à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris EnsadLab, laboratoire de recherche EMERI. Elle prépare actuellement une thèse de Doctorat en Art à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée.
Elle a présenté ses œuvres dans le cadre d'expositions, de festivals d'Art Vidéo et de Cinéma. Elle participe régulièrement à des conférences internationales et est l'auteur de plusieurs articles.
Site Internet : www.lauriejoly.com