SCULPTURES VINYLES
MATTHIEU CRIMERSMOIS  
 
 

Des disques sans pochette, exposés aux griffures, font l'expérience de la rayure, du scratch, du défaut.
Les disques sans pochette sont le symbole de la mémoire soumise au danger de la vie, à l'accident.
La chair sur laquelle est enregistré une cicatrice en spirale, visible tel un motif contenant une trace de vie, une action, un événement.
Les pochettes sont des protections, des vêtements d'un corps nu et fragile.

C'est un moyen de communiquer, de montrer une appartenance à un genre, un groupe, provoquant le jugement tel que la société l'exige.
Cette communication provoque du son mental, interne au spectateur par la pensée, et un son externe par l'expression de cette pensée concernant la pochette de vinyle, mais aussi concernant le contenu sonore du disque.
Mes sculptures sont une mise à nu de ce corps fragile. J'exhibe les vinyles en les regroupant sans pochette, sans possibilité de juger.
Les macarons sont cachés par les autres disques qui s'empilent successivement comme par accumulation de masse.
Les disques sont devenus nudistes, mettant tous les autres disques sur le même plan. On ne peut y voir que la couleur de ces corps aux aspects satinés et brillants.

Un disque jugé précieux et de collection peut être à côté d'un disque pauvre et sans valeur proche d'être jeté à la poubelle, car il prend trop de place chez soi.
Après assemblage, la différence se trouve dans la forme des sillons. Le contenu sonore enregistré dessus nous laisse percevoir des changements de motifs.
Les motifs sont des lignes qui dessinent une spirale très subtile et concrète.
Ainsi la différence d'importance entre les disques n'est plus une question de pochette ni de macarons.
Le contenu sonore se forme par les sillons, je parle d'onde sonore, d'énergie visuelle inscrite sur les disques.
Il n'y a plus de hiérarchie ou de possibilité de s'identifier à ce support.
Il y a censure et une mise à niveau culturelle.
Les formes circulaires qui s'empilent, rappellent la carapace, l'armure telle que la fonction de certains vêtements.
Comme : le costume (trois pièces) qui n'indique que peu d'informations intime sur une personne, telle qu'une robe d'avocat qui n'indique qu'une profession, tel que le blouson noir qui n'indique qu'une personne appartenant à un groupe social, souvent victime de son entourage et de son environnement.
Ces vêtements montrent en réalité une forme de neutralité, de silence, de vide, afin de cacher toutes formes d'exhibition personnelle.

Dans mes sculptures, ce vide de contenu est formé par cette accumulation de disques, qui sont eux-même censurés, nue, mais avec un grand potentiel sonore et culturel. Cette réserve reste encore à découvrir par de nouveaux processus de lecture engendrés par la forme de mes sculptures.

 
 
 

Matthieu Crimersmois est artiste plasticien et platiniste.