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LA PLACE DU CORPS |
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| JEAN-ROBERT SÉDANO ET SOLVEIG DE ORY | |
Notre réflexion sur l'implication du public dans des propositions de spectacles puis dans des environnements sonores et musicaux interactifs débute à la fin des années 1970. Nous avions d'abord réalisé plusieurs spectacles accompagnés de musiques électro-acoustiques, puis influencés par Guy Debord et les Cinétiques, nous avions souhaité changer la posture du spectateur assis pour une situation dynamique expérimentale et également abandonner le format fini du spectacle. Nos outils sonores de l'époque étaient des magnétophones et des synthétiseurs analogiques. Après une période de fabrication et d'expérimentation de capteurs photo-électriques, notre première installation interactive fut créée en 1980, Sonopticon, associant la position et le nombre des visiteurs-acteurs à la production sonore et visuelle en temps réel. De cette période des arts électroniques à nos jours où fleurit l'art numérique, nous sommes ainsi passé des oscillateurs commandés en tension, aux débuts de la micro-informatique et de ses divers systèmes d'exploitations avec les ré-écritures nécessaires des logiciels. Nous n'avons jamais souhaité mettre la technologie au premier plan, mais plutôt trouver des situations nouvelles, intéressantes, créatives et ludiques à offrir au public, dans sa globalité corps-esprit-société. Dans ce texte nous mettons l'accent sur les relations des corps et de la musique produite dans quelques-unes de nos réalisations, en détaillant les techniques utilisées.
L'ombre des corps
Dans l'espace sonore et visuel interactif de 1980 Sonopticon11 Sonopticon, Musique et dispositifs électroniques : Jean-Robert Sédano et Solveig de Ory. Photos et Scénographie: Pierre Leloup, régie: Alain Gonay et Alain Bulot. Du 10 au 21 mai 1980, Tête Galerie, 131 place Saint Léger - Chambéry.
2 VCO : Voltage Controled Oscillator, oscillateur commandé en tension.
3 VCA : Voltage Controled amplificator, amplificateur commandé en tension. , la composition musicale était « câblée » et composée au moyen de potentiomètres accordés sur les VCO2 des synthétiseurs et reliées aux 40 cellules photo-électriques placées au ras du sol, contre les murs, éclairées par de fins rayons lumineux. Certaines d'entre-elles pilotaient des VCA3 qui ouvraient le volume à de petites boucles électro-acoustiques réalisées sur bande magnétique et qui tournaient en permanence. D'autres boucles magnétiques contenaient un « topage » destiné à contrôler les projecteurs à diapositives. Il en résultait une musique combinatoire, jouant sur les gammes préparées et les boucles magnétiques, et un espace visuel cinétique, fonction des ombres projetées du public.
L'image des corps
La seconde étape de mise en jeu du corps fut présentée en 1982 avec Musique de corps44 Musique de Corps, Fête dans la Bulle, Amiens, du 11 au 20 juin 1982.
où le public disposait d'un vaste espace vide, au sol noir, filmé par une caméra vidéo en surplomb. Des cellules photo-électriques étaient placées directement sur l'écran vidéo, et ainsi le corps entier de chaque participant se transformait en informations lumineuses converties en sons par des synthétiseurs analogiques. La programmation sonore s'effectuait par câblage des modules au moyen de nombreux boutons. En 1984 fut présentée Camara de Musica55 Camara de Musica - Colegiata de San Juan Bautista - Gijon - Asturias du 16 au 26 janvier 1984., la première version numérique de ce dispositif qui utilisait l'analyse vidéo en temps réel et disposait de 16 partitions combinables proche du courant de la musique minimale.
L'approche des corps
En 1986 nous présentions Zed66 Zed, présentée au cours de l'exposition "Les Machines Sentimentales" du 7 juin au 6 août 1986, à la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon., sculpture sonore sphérique rayonnant des hyperfréquences inaudibles par l'intermédiaire de quatre radars et transformant l'approche du public sous la forme d'une musique générative post-sérielle. La « Boule Z » rendait un hommage humoristique au père français du genre et produisait des rythmes déstructurés et une polyphonie stochastique pour bien « ressentir - la nécessité du langage dodécaphonique »77 « Tout musicien qui n’a pas ressenti – nous ne disons pas compris, mais bien ressenti - la nécessité du langage dodécaphonique est INUTILE. Car toute son oeuvre se place en deçà des nécessités de son époque », Pierre Boulez in la Revue Musicale.
8 Le Ciel présenté à Châteauroux, place de l'hôtel de ville le 28 mai 1994. !
Le corps dans l'image
A partir de 1994 nous avons développé la série des Fresques Musicales, avec pour commencer, le Ciel8, peinture de 50m2 placée au sol où le public générait des paysages sonores en se déplaçant dans l'image. Le dispositif utilisait les algorithmes déjà éprouvés de Musique de Corps et d'une autre installation Promenade Musicale avec l'analyse vidéo temps réel et 64 voies de polyphonie à la norme MIDI.
En 1996 les Tableaux Sonores permettaient de découvrir des paysages sonores dans de grands cadres vides où le public était à la fois l'image de chaque tableau et le générateur des phénomènes sonores. On passait ainsi du support horizontal des Fresques Musicales, au cadre vertical.
Le contact du corps
En 1993 l'installation sonore tactile Tubulophones99 Tubulophones, 5 juin 1993, Place du Martroi à Orléans - Fête de la Science. fut présentée pour la première fois à Orléans. Dans cette installation c'est la peau du public qui cette fois devenait l'instrument de la production sonore. Inspirés des techniques de bio-feedback par réponse galvanique (GSR)1010 GSR: Galvanic Skin Response., les tubulophones disposaient de capteurs tactiles résistifs où les diverses mesures étaient associées à une échelle tonale et à un timbre pour chaque instrument. Le jeu tactile pouvait se faire seul ou à plusieurs et dépendait de la surface de peau, de la pression exercée, mais aussi de l'humeur de chaque joueur ! En effet la résistance électrique de la peau humaine change en fonction de l'état de stress ou de détente de l'individu.
Utilisant les mêmes principes, Le Cube, odyssée sonore1111 Le Cube, odyssée sonore, du 30 avril au 8 mai 1999 à Saint Amand Les Eaux.
12 La Ronde, du 17 au 22 novembre 2001, à Annecy, Centre Bonlieu, Concerts d'Hiver et d'Aujourd'hui. proposait en 1999, sur un cube de 3m de côté, 36m2 de signes sonores tactiles à découvrir avec les mains, puis en 2001 La Ronde12 permettait de réaliser une chaîne musicale humaine par l'intermédiaire de mains de bronze organisées en octogone et faisant tourner les sons d'un long arpège sur les 8 socles de l'installation.
Cf. vidéo: http://www.ludicart.com/video/wmv/Installations_sonores_tactiles-Ludicart-1993-2010.wmv
Jean-Robert Sédano et Solveig de Ory expérimentent et réalisent depuis les années 1980 des environnements, installations et sculptures musicales qui proposent à chacun une expérience concrète, dynamique et ludique. Pratiquant une forme de création trans-disciplinaire, ils ont développé un joyeux mélange entre arts plastiques, musique, technologie et créativité participative. Ayant exploré de multiples domaines des arts interactifs, de l'époque « tout-analogique » à l'actuelle « tout-numérique », ils élaborent totalement leurs oeuvres : conception, fabrication, musiques et paysages sonores, algorithmes et écriture des programmes informatiques.
Plus d'informations sur le site Ludicart.