Paritions #3 « Donner-ordonner »

L’Autre musique et le programme de recherche Arts Sonores de l’Institut Acte vous invitent à 3 événements poursuivant la réflexion sur les usages des « partitions » (au sens large) dans des contextes artistiques (et au-delà, pourquoi pas ?). Venez y assister pour participer à la genèse du prochain numéro de notre revue en ligne !

3e JOURNÉE D’ÉTUDE « SÉMINAIRE-ATELIER »
Mercredi 14 mars 2018, centre St-Charles (université Paris 1)
9h-19h, salle doctorale

Les journées de séminaire-atelier, organisées par le groupe de recherche en art sonore et en musique expérimentale L’Autre musique (Institut ACTE – UMR 8218 – Université Paris 1 Panthéon Sorbonne – CNRS – Ministère de la Culture) font suite à l’enquête du laboratoire L’Autre musique : « Nouvelles modalités d’écriture du sonore et du musical ».

Ces séances questionnent la pertinence de la notion de « partition » par rapport aux nouvelles pratiques du sonore et du musical et, plus largement, en ouvrant à toutes les formes de créations contemporaines.
La partition est un don, un message proposé à un autre en assumant la responsabilité de sa matérialisation. Mais c’est aussi un diagramme, au sens foucaldien du terme, qui ordonne autant qu’il donne. Objet d’analyse et objet à interpréter, la partition est un objet culturel qui contribue et entretient des divisions qui affectent la vie quotidienne. S’inscrivant dans des normes et hiérarchisant les genres, les classes et les cultures, etc., la partition est aussi le lieu de l’intersectionnalité. Il serait alors pertinent de voir comment la notion de partition peut engager une écopraxie non-normative proposant des alternatives à notre manière de construire notre habitat (au sens grec du mot eco : oikos).

Partenaires : Institut ACTE (université Paris 1), MotusLab (compagnie musicale Motus), Le Cube, CDMC, Galerie Planète Rouge.

 

Aperçu du programme

9H00 Ouverture de la journée
par Gérard Pelé (responsable du programme Arts Sonores, Institut Acte)

09h15 « La partition comme hypergeste »
Aurore Després (chercheure, Institut Acte, Espas, Université de Besançon)

09h15 « La partition : un outil intelligible et sensible »
Estelle Corbière (notatrice Laban)

11h15 Pause

11h30 « Line, surface and notation: the text and the score »
Tim Ingold (checheur, université d’Aberdeen, Écosse)

12h30 Pause

14h00 Atelier collectif
PaaLabRes (Jean-Charles François, Nicolas Sidoroff, artistes)

16h00 Pause

16h15 Table ronde : usages de partitions
Octave Courtin (artiste), Alexandra Spence (artiste), Christine Debray-Laizé (musicienne) & Chloé Sanchez (artiste sonore)

18h30 discussion et clôture des journées d’étude`

Télécharger le programme complet

 

L’autre musique Extended score
Performances-concerts
jeudi 15 mars 19h30, au Cube, centre de création numérique (20 cours Saint-Vincent 92130 Issy-les-Moulineaux)

Performances in situ, field recording live, cornemuses géantes, toupies sonores, partitions interactives. Organisée par le groupe de recherche en art sonore et en musique expérimentale L’Autre musique (UMR 8218 Acte/ Paris 1), cette soirée de performances et de concerts, fait suite aux séminaires ateliers : « Partitions » organisés en 2017 au Cube, au CDMC et l’Institut ACTE.

L’événement permettra de questionner la notion de partition par rapport aux nouvelles pratiques du sonore et du musical et, plus largement, d’ouvrir à toutes les formes de création contemporaine : les écritures alternatives (partitions graphiques, vidéo, photographiques), l’écriture de formes interactives, de performances et d’installations sonores, mais aussi les modalités d’écriture dans l’art contemporain (installation, performance, danse contemporaine).

Une première soirée riche et hors-norme avec Octave Courtin, Jean-Charles François, Emmanuelle Gibello, Kwangrae Kim, Frédéric Mathevet, Hélène Singer, Nicolas Sidoroff, Alexandra Spence.

Téléchargez le programme

Vous pouvez acheter vos billets ici

 

Matière noire : partitions étendues
Exposition et performances
du 17 mars au 30 mars 2018 de 10h30 à 19h (du lundi au samedi)
Vernissage samedi 17 ars de 17h à 21h – finissage le vendredi 30 mars 19h

La galerie Planète rouge invite les artistes sonores & plastiques : Méryll Ampe, Anne-Flore Cabanis, Matthieu Crimersmois, Frédéric Mathevet, Célio Paillard et Magali Sanheira

La matière noire est une hypothèse.
L’élément invisible qui permet à l’univers de tenir. Invisible, soluble, informelle… elle est la promesse de s’échapper de la cosmologie classique et avec elle toute la « poïese » classique.
Les partitions étendues (photographiques, graphiques, vidéo, installées, etc.) sont à l’image de cette matière noire. Sous-produits, sujettes aux métamorphoses, pour les yeux autant que pour les oreilles : des précipités au sens chimique du terme, temporaires et sensibles.
Matière noire sur Planète Rouge, c’est une invitation à découvrir des oeuvres hybrides, métissées, où l’image, la matière, le son sont intriqués, et en devenir. Et l’énergie qu’elles finiront par déployer, dans des formes labiles et mutables, s’accorderont avec le programme de Cornélius Cardew : « A score is a screen… …towards a better world ».

 

06. mars 2018 par celio
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L’Autre émission #1 : Capture

L’Autre émission est une version radiophonique de L‘Autre musiqueL’Autre émission propose un temps de dialogue, une rencontre entre deux approches pour faire émerger savoirs, nouveaux questionnements et lignes de fuite. Elle privilégie les liens métis entre recherches en sciences sociales et recherche en art (et avec l’art) : non pas une fusion entre les champs, mais une non-intrication assumée où l’on se compose dans la contradiction.

Notre première émission interroge la notion de capture. Christian Lallier et Mélodie Drissia Tabita (Laboratoire d’anthropologie filmée lab’AF) présenteront leur pratique de l’anthropologie filmée et confronteront leurs réflexions avec Emmanuelle Gibello, artiste sonore, et Anne-Flore Cabanis, plasticienne.

Prises de son, enregistrements, captations… autant de termes communs aux arts sonores, aux arts visuels et à l’anthropologie filmée que cette émission se proposera d’ausculter pour retourner à l’atelier et au laboratoire avec des questions nouvelles. 

Cette première émission a été enregistrée le vendredi 2 février 2018, à l’Espace Khiasma, en direct. Elle est diffusée sur notre antenne sur la R22 – Tout monde.

Deuxième partie de l’émission consacrée aux questions du public.

Pour aller plus loin.

Le site de Christian Lallier.

Un extrait du film de Mélodie Drissia Tabita, Avec le frère de mon père mort, 2016.

Le site d’Anne-Flore Cabanis.

Le site d’Emmanuelle Gibello.

Références.

Jean Rouch, Portrait de Raymond Depardon, 1983.

 

Fiche technique de Ariel Nathan, Retour à Plozevet, 1999.

Cours de Roland Barthes au Collège de France, La préparation du roman : Séance du 16 décembre 1978 (Présent – notation – éthique – technique).

L’intégralité des cours sur Ubu.web ou aux éditions du Seuil

Christian Lallier, Pour une anthropologie filmée des interactions sociales, éditions des archives contemporaines, 2009.

Page Soundcloud de Jean-Georges.

17. février 2018 par Mathevet Frédéric
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Turbulences // échos sudistes à LAM@Khiasma

Aaaaaaaaaaaaargh !

Rrrrrrrrrraaaaaaahhhh !

Shhhhhhhhhhhhhhh !

2 puis 3 personnes se livrant à des manipulations bruyantes, faisant crisser des vinyles, déchirant mes oreilles et brimant les gadgets technologiques, les rendant à leur agressivité militaire en en faisant gicler les rayons.

De loin, de la campagne aux beaux paysage, cela semble à la fois absurde et jouissif. Jouissif parce qu’absurde (et pas absurde parce que jouissif).

Allez-y encore !

Branchez tous les câbles pour produire un larsen galactique !

Faites péter toutes les membranes !

Enclenchez 12 cafetières en même temps, décapsulez plusieurs packs de 30 simultanément, brûlez des paquets de Bastos, fumez tous les mégots !

Envoyez du lourd !!!!

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En écho, deux pièces pour turbulences.

 

 

29. janvier 2018 par celio
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Plateforme Khiasma – jour 3

Avec Matthieu Crismersmois. Sacrifice  = Oeil + oreille. Drone + vinyles (psaumes,…) + bras de platine bricolé.

Expérimentations avec Anne-Flore Cabanis, Matthieu Crimersmois.

 

Puis Gwenaëlle Roulleau et Jean-Philippe Velu nous rejoignent.

Un couple ORTF posé dans la cour de l’espace Khiasma nous propose une « ouverture » sonore live, sans événements, fade (au sens de François Jullien) qui sera le point de départ de nos expérimentations de l’après-midi (sons à venir).

 

27. janvier 2018 par Mathevet Frédéric
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Plateforme Khiasma – Jour 2

Nous continuons sur nos références d’album improbable. Plusieurs pistes d’installation à activer se dessinent. Notre quête d’un rituel de dépossession du capitalisme sorcier en cours.

Matthieu se fait un nouvel instrument dans une caisse de Sarkis (Erased De Kooning ?) :


27. janvier 2018 par Mathevet Frédéric
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Plateforme Khiasma – Jour 1

Expérimentation de scratch sur vinyle en lévitation, avec Matthieu Crimersmois et Jean-Philippe Velu.

 

 

L’album Cyber ghetto de Cybotron (Détroit), album improbable de Richard Davis and Juan Atkins commence à nous habiter. La pochette de l’album ressemble à notre installation dans l’espace de khiasma. Chasseurs, bricoleurs décontractés, nos expériences ressemblent à des rites de possession ou de dépossession technologique.

 

 

 

 

25. janvier 2018 par Mathevet Frédéric
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Partitions#2// Programme

14. décembre 2017 par Mathevet Frédéric
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PARTITIONS #2 FORMER/TRANSFORMER

Pour cette seconde édition du séminaire-atelier «  partitions » accueilli par Le Cube, centre de création numérique, nous questionnerons la partition comme espace poïétique où s’envisage la matérialisation de l’œuvre à venir. Dans les formes variées qu’elle peut prendre (textuelle, dessinée, écrite…), la partition est un espace intermédial et intersémiotique par excellence – le lieu du métissage et de la transformation où signes, matières, images sont soumis à des manipulations, redéfinitions… Bref, la partition est le lieu d’une plasticité (Malabout, Debono) qui pourrait permettre d’interroger la partition non pas comme diagramme, mais comme re-diagrammatisation, c’est-à-dire une remise sur le chantier des signes.

Mots-clefs : intermédialité, intersémioticité, shape shifting, diagramme, altérer, plasticité, processus, émergence, data-bending, programme.

Le séminaire-atelier sera suivi d’un concert gratuit d’électroacoustique sur l’acousmonium de MOTUS. Les pièces seront interprétées par Olivier Lamarche.

Réservation obligatoire pour la journée : contact@lautremusique.net

Programme :

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02. décembre 2017 par Mathevet Frédéric
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PARTITIONS#1 « OBSERVER-CONSERVER »

07. octobre 2017 par Mathevet Frédéric
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Partitions (Séminaire Atelier)#1 « Observer/Conserver »

CDMC-Centre de documentation de la musique contemporaine

16 Place de la Fontaine aux Lions, 75019 Paris

13 Octobre 2017/ 9H00-18H30

réservation à  contact@lautremusique.net

Les journées de séminaire-atelier, organisées par le groupe de recherche en art sonore et en musique expérimentale L’Autre musique (UMR 8218 Acte/ Paris 1) font suite à l’enquête du laboratoire L’Autre musique : « Nouvelles modalités d’écriture du sonore et du musical».

Ces séances questionneront la pertinence de la notion de « partition » par rapport aux nouvelles pratiques du sonore et du musical et, plus largement, en ouvrant à toutes les formes de création contemporaines : les écritures alternatives (partitions graphiques, vidéo, photographiques…), l’écriture de formes interactives, de performances et d’installations sonores, mais aussi les modalités d’écriture dans l’art contemporain (installation, performance, danse contemporaine, etc.).

La première séance organisée avec le CDMC se concentrera sur la notion de notation et l’action de noter. Sous le titre « observer-conserver », les intervenants questionneront la partition et son rapport au temps et à la mémoire en particulier, notamment au travers de partitions qui intègrent l’écriture de dispositifs en « temps réel », ou des formes ouvertes d’interprétation qui entraînent une pratique plus ou moins improvisée dans le présent de sa matérialisation.

Partenaires : Institut ACTE (Paris 1-CNRS), Motus (compagnie musicale), Le Cube, CDMC, Maison-Ona, Galerie Planète Rouge.

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22. septembre 2017 par Mathevet Frédéric
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JI2 pour synthétiseur

Performance sonore le 17 mai à 16h au Centre tchèque de Paris.

JI2 est une partition suspendue qui se présente sous la forme d’un plateau de jeu à déployer. Ji désigne, dans la
pensée chinoise, « l’amorce infime du changement ». JI2 est une plongée au tréfonds du sonore où les modifications
subtiles ouvrent des voies à venir, où l’imprévisible et l’aléatoire fécondent le devenir.

De et avec Frédéric Mathevet et avec Nicolas Le Mignot et Célio Paillard.

 

Cette performance fait partie du festival ACROSS 2017, « Mouvement », qui se déroulera du 20 avril au 17 mai, à Paris, Vitry-sur-Seine et Rouen.

Le dépliant général (indiquant tous les événements) est ici.

La brochure détaillée (incluant toutes les précisions sur le programme) est ici.

Le dépliant de la journée du 5 mai est ici.

29. mars 2017 par celio
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Shamanic Exsude

Performance pour bodhràn, scratch et sampleur.

Live pour le festival « Le corps dessinant » organisé par l’institut ACTE au Musée National des Arts et Métiers. Décembre 2016.

Shamanic Exsude est le fruit d’un travail collaboratif commencé il y a trois ans, pour la première soirée L’Autre musique.

Un scratcher manipule  deux  platines  vinyles augmentées, instrument de musique et de dessin inventé par l’artiste Matthieu Crimersmois en 2007. En effet, c’est aussi un télécran (machine  à dessiner) dont le dessin projeté entraîne un dialogue avec un percussionniste, Frédéric Mathevet, qui réceptionne une partie du dessin sur la peau son instrument. Il interprète les traces (gratter, frotter, taper…), autant qu’il conditionne le dessin du scratcher et les sons qu’il produit. Une sorte de partition graphique apparaît. L’ensemble est manipulé, trituré, poussé jusqu’aux limites de la rupture par un travail en temps réel sur deux sampleurs par Célio Paillard.

19. mars 2017 par Mathevet Frédéric
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Pot d’Âne : Recette en verre

Performance sonore et culinaire réalisée à partir du texte de Sophie Tiers, Pot d’Âne : Recette en verre, CMDE, 2016 au Centre Culturel Bellegarde (Toulouse), le 10 mars 2017.

La performance est construite comme un repas. En tête à tête, la lecture déploie une installation sonore, visuelle et olfactive.

Texte-Graphisme… Sophie Tiers

Lecture… Célio Paillard

Mise en son… Frédéric Mathevet

19. mars 2017 par Mathevet Frédéric
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Once Upon A time Fukushima (Balade de l’invisible mix)

New writtings Sounds&Music

Performance donnée pour la 2ème Balade de l’Invisible (six ans après Fukushima) organisé par la Galerie Planète Rouge.
Saxophone Baryton: Jean-Philippe Velu
La partition de cette nouvelle version de Once Upon A Time Fukushima reprend la note d’intention du projet proposé à Dominique Balaÿ pour le projet collaboratif qu’il a développé : Meanwhile, In Fukushima

Je suis de mon occident. Je n’ai rien vu de Fukushima. Sinon des images et des sons, des agencements médiatiques qui sont venus habiter la sonorité \fukushima\. Pour nous, Occidentaux, Fukushima n’est plus ni un lieu, ni un événement. C’est cette sonorité-réceptacle où se sont déposés les angoisses, les fantasmes, les prémonitions d’une société égarée sur les voies de la mondialisation énergétique et nucléaire. \Fukushima\ est une allégorie moderne, la figure d’un mythe moderne, le précipité d’un inconscient collectif. Fusion et fission se sont agrégés à une catastrophe et à un cataclysme faisant de \fukushima\ le signe d’une apocalypse hypermoderne : \Fukushima\ est un big crunch symbolique, une cosmogonie inversée.

Once upon a time, Fukushima, partition suspendue pour un aérophone et un manipulant, vise à inverser la narratologie liée à \fukushima\. Elle reste fidèle au sens singulier indiqué par Otomo Yosihide, Michiro Endo et Ryoichi Wago dans leur manifeste : il ne s’agit ni d’une dénonciation militante, ni d’un simple reporting de faits, plutôt la démonstration d’un désir et une tentative de maintenir une « connexion » avec ces lieux et ces populations officiellement condamnés. Il s’agit d’activer un moment symbolique pour rendre à \fukushima\ ses forces positives et centrifuges ; d’un moment de lutte symbolique contre les forces mortifères pour proposer une nouvelle cosmogonie ouverte et en expansion.

La partition est constituée d’un plateau sur lequel un relevé transparent de l’ensemble des centrales nucléaires japonaises se déplace et offre à l’instrumentiste des notes et des motifs à jouer. L’ensemble des manipulations de la carte est capté en temps réel et manipulé, ainsi que les sons produits par l’instrumentiste.
Les déplacements du calque sur le plateau, comme les différents moments de la construction sonore sont déterminés par le lancé de deux dés : l’un qui indique un chiffre compris entre un et six et qui permet un déplacement latéral ou une rotation précise de la carte, l’autre qui propose une suite d’opérations comme changer de calques, déplacer latéralement, rotation vers la gauche, rotation vers la droite, retourner le calque ou ne rien faire…
Au sol, une projection d’un respirant qui « incorpore » la définition de Fukushima et sur lequel l’instrumentiste se calque, tout en colorant sa respiration des phonèmes de /fukushima/. Pendant ce temps le manipulant fait disparaître un dessin méticuleusement choisi parmi des images de Kamishibaï , puis décalquées.

19. mars 2017 par Mathevet Frédéric
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Pour des usages problématiques, processuels et performatifs du dispositif acousmatique

Un gros tas de bois à côté de la maison de ma mère

Cet article est la reproduction de l’article publié par le CRANE Lab dans les « Cahiers de recherches et actes » des « Rencontres Acousmatiques 2016 ».

Publication complète ici.

 

Hic et Nunc

Des grillons et des cigales chantent. Parfois s’arrêtent, reprennent. Les sons viennent de partout, mais pas toujours des mêmes endroits. Des mouches volent, par moments. Je les entends dans une oreille puis dans l’autre, les sons changent de fréquence et d’amplitude. En bas, plus loin, des gens parlent. À moins que ce ne soit la télé. Plus haut, sur la colline, une tourterelle roucoule. Le son de la télé vient de la maison du dessus. Tout à l’heure, des corbeaux croassaient dans le bosquet. Plus maintenant. À côté, des bruits de nettoyage d’un aspirateur à cendres : jet d’eau dans des tuyaux, sur le filtre (changement de tonalité), dans un réservoir en métal ; coups de chiffon frottants, chuintants. Subrepticement, une courte phrase mélodique très aigüe, le cri d’un oiseau indéfini. Bruits de pas dans les hautes herbes sèches, claquements de tongs sur les plantes des pieds. Par devant, vers les maisons, un chien aboie et d’autres lui répondent. C’est vite fini (il fait chaud). Des voitures passent sur la route en contrebas, une autre se rapproche sur le chemin. Aujourd’hui, les jeunes ados n’ont pas mis la musique à fond. J’entends le bruissement des feuilles agitées par le vent. Un avion passe dans le ciel. Pas moyen de faire un enregistrement subtil et délicat.

Avez-vous déjà vécu ça ?

J’avais encore le cœur qui battait quand, miraculeusement, j’ai fini d’escalader la pente raide et caillouteuse et me suis hissé sur la surface plate de la mesa. J’ai cherché un endroit où m’asseoir et ai rapidement trouvé un petit étang habité par de nombreux oiseaux et batraciens. Ça chantait, ça criait, il y en avait partout, ils se répondaient. Hébété et haletant, il me semblait distinguer, indépendamment ou conjointement, toutes les couches sonores s’interpénétrant et se tissant. Ça changeait tout le temps et c’était toujours la même chose. Rien n’aurait pu être plus beau, rien n’aurait pu sonner mieux. C’était ce qui se passait, là, à ce moment-là.

Avez-vous déjà vécu ça ?

Un jour normal, une fin de journée normale, sur le chemin habituel en rentrant chez moi, dernière ligne droite, je n’avais pas l’impression d’être dans un état particulier, je marchais à mon allure normale et j’ai senti que tous les sons étaient à leur place : les rumeurs de la ville, les bruits de circulation, les bribes de discussion entendues au loin ou attrapées au vol, la voiture ou la moto qui passe, dans cette rue ou plus loin, les pas et les mots des gens qu’on croise, les cris des enfants qui jouent sur la place au bout de la rue, les clients du bar qui discutent en terrasse, les bruits étouffés venant de la cave où le batteur s’exerce, les frottements des vêtements, les miens et ceux des autres.

Vous êtes-vous déjà dit que tout cela était parfait ? Que les paysages sonores que nous habitons, en ville ou à la campagne, à l’extérieur ou à l’intérieur, sont extrêmement variés, magnifiquement complexes, étonnamment changeants, superbement composés et orchestrés, en sonorités, en figures temporelles, en répartitions spatiales ? Et que cette richesse existe simplement parce que c’est comme ça, les choses sont comme ça, la situation est telle qu’elle est, un extraordinaire concours de circonstances, et ce jour-là, à cet instant précis, il semble évident que rien ne pourrait être plus adéquat que le contexte sonore dans lequel vous vous trouvez.

 

D’où je parle

Je n’ai aucune affinité avec la musique acousmatique spatialisée.

Ce n’est qu’un point de vue personnel qui n’a, en soi, aucune importance, mais je préfère l’exprimer afin que vous compreniez où je me situe et comment cela influence les propositions que j’expose par la suite.

Mon expérience quotidienne et mes lectures, peut-être mal digérées, de textes de John Cage, me font penser que la musique est une terrible restriction dans l’univers des sons et que, de surcroit, elle est désagréablement autoritaire. Je ne comprends pas pourquoi la musique sert si souvent de référence à la création sonore, alors que les sons qui nous entourent sont tellement plus variés et se développent de tant de manières différentes. Pourquoi s’encombrer d’une tradition musicale élaborée par et pour des compositeurs, des instrumentistes, des instruments de musique, des notes, des rythmes, un début, des mouvements et une fin ? Bon, pourquoi pas ? Ça touche beaucoup de monde, ça fait ressentir des émotions, du plaisir, ça fait rêver, partir ailleurs. Et il y a d’innombrables autres qualités. Mais on doit aussi pouvoir faire autre chose.

Le principe acousmatique me semble aussi très étrange. Pourquoi vouloir couper le son de sa source ? Serait-il plus beau et plus intéressant parce que non-anecdotique ? Certes, on n’est plus encombré par la connaissance de son origine et les associations d’idées qui en découlent. On peut alors en faire ce qu’on veut. Le créateur ne peut-il pas imposer sa marque ? Je peux comprendre la démarche pour un son de synthèse (doit-on vraiment savoir quel labeur a été nécessaire à sa fabrication ?), mais pourquoi tronquer et transformer un son enregistré ? Peut-être ne pouvait-on pas créer le même son avec des instruments, peut-être cela aurait-il été plus long et plus difficile, peut-être aime-t-on transformer un bruit en musique, le décontextualiser, l’universaliser, l’idéaliser. Et pourquoi pas ? Mais peut-on éviter qu’un son n’évoque sa cause, ou du moins son contexte d’apparition ? Ou que, si l’auditeur ne peut les distinguer, qu’il invente l’origine ou la référence qui lui plaît ? Peut-on être sûr que le « voile de Pythagore », qui cache l’origine des sons, permet de focaliser l’attention de l’auditeur sur le « propos » du musicien ? La musique est-elle un langage ? Dit-elle quelque chose ? De clair et d’explicite ? D’intelligible ? Et comprend-on mieux à distance, hors d’un contexte d’émission par ailleurs nié ou minoré ? Peut-être tout cela n’est-il qu’une affaire de goût et de partis pris. Peut-être aussi cela découle-t-il du travail des musiciens ou des créateurs sonores, de l’application qu’ils mettent à choisir des sons pour leur musique. Dans ce cas, le contexte de prise de son, le complexe sonore et tout ce qu’il produit, les sons parasites et les liens entre les sons, la configuration spatiale et temporelle, le matériel d’enregistrement et la personne qui le manipule : tout cela est minoré, voire ignoré. Mais on doit pouvoir faire autre chose.

Pourquoi a-t-on envie de spatialiser le son ? Pour s’inspirer de la complexité de notre paysage sonore quotidien ? Pour enrichir les possibilités et le contrôle de la musique (Stockhausen) ? Pour multiplier les interactions (Cage) ? Il y a tant de choses à faire… Mais les espaces sonores fabriqués sont si simples par rapport à ceux que nous traversons tous les jours ! Et pourquoi utiliser un acousmonium ? Pourquoi recréer une quasi situation de concert, mais avec des haut-parleurs ? Est-ce pour remplacer les musiciens dont on n’a plus besoin ? Pour ajouter une dimension spectaculaire ? Pour qu’un concert de musique acousmatique soit irréductiblement différent d’une écoute ménagère ? Parce qu’alors on peut interpréter et réinterpréter des musiques sur bande, fixées, pour faire revivre des morceaux enregistrés, voire pour s’opposer à la volonté de toute puissance de l’auteur-compositeur-exécutant ? L’acousmonium n’est-il pas souvent une sorte de méta-outil qui diffuse, et parfois transforme (ce que les compositeurs apprécient, ou pas) un morceau préexistant ? N’est-il pas souvent dissocié de la création sonore ? Mais on doit pouvoir faire autre chose.

En fait, quelles que soient les significations des mots « musique », « acousmatique » et « acousmonium », quels que soient les traditions et usages conventionnels associés, et si on le souhaite, on peut faire autre chose. Il n’y a pas de jugement de valeur. Cet autre chose ne sera ni mieux ni moins bien parce que c’est autre chose. Ce sera simplement différent.

 

Opérer avec le dispositif

Je vais prendre les choses à l’envers, laisser de côté musique et acousmatique, oublier l’œuvre, même, et m’intéresser au contexte de diffusion. Un acousmonium. C’est-à-dire un ensemble de haut-parleurs, au moins vingt, disons, parfois beaucoup plus. Des haut-parleurs de bonne qualité, inabordables pour la plupart des musiciens, faute d’argent pour les acheter, de lieu pour les stocker ou les installer, de moyens pour les déplacer. Et il faut aussi les câbler à une console, et les contrôler avec une carte son. Autrement dit, tout le monde n’a pas en permanence la possibilité d’utiliser un acousmonium, ni pour diffuser, ni, a fortiori, pour élaborer ses œuvres. C’est pourquoi il faut saisir l’opportunité lorsqu’elle se présente.

Il s’agit là d’une tactique largement répandue chez les artistes pour qui la création est une pratique ordinaire, comme le relevait le sociologue de l’art Howard Becker : on fait avec ce qu’on a, avec les moyens de production et de diffusion disponibles ou, au moins, accessibles. On peut certes composer un opéra pour mille musiciens, comme le fit Charles Ives, mais on sait qu’il a très peu de chances d’être joué un jour… Ces contraintes matérielles et contextuelles font qu’il est souvent plus simple de travailler avec ce qui est déjà là (comme le fait le bricoleur décrit par Claude Levi-Strauss), de voir ce qu’on peut faire avec et si, éventuellement, il y a matière à perruque (appropriation et détournement de l’outil de travail). La question est alors : Peut-on opérer le dispositif, peut-il être support de créations ? Je vais proposer ici une manière de faire, inspirée de ma pratique. Bien sûr, ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres.

Disons : il s’agit de faire œuvre avec des matériaux sonores, pour un dispositif acousmatique. Choisissons un parti pris : cette œuvre est un travail de recherche, un processus qui prend forme pour des auditeurs/spectateurs. Considérons la spatialisation du son comme une qualité inhérente et indispensable à la compréhension, à l’appréciation, à la réalisation même de l’œuvre : celle-ci n’existe pas en dehors du dispositif de l’acousmonium. Ce n’est pas une spatialisation d’une œuvre fixée en stéréo ; elle est conçue pour une multidiffusion avec des enceintes dédiées à telle ou telle piste. C’est un questionnement sur un espace sonore et sur les caractéristiques physiques des enceintes (puissance, dynamique, spectre de réponse, netteté, etc.). L’objectif n’est pas de reconstituer un espace sonore dans un laboratoire (cet espace est plus riche et plus complexe dans son contexte d’apparition), mais d’en étudier les qualités et d’en exploiter certaines dans une œuvre, tout en tirant parti des techniques de réalisation. Pour être plus clair et précis, je vais décrire une œuvre, 4 bruits de fond, 8 interprètes, 10 minutes, que j’ai créée selon cette démarche (mais avant que je ne la formule en tant que telle).

La première étape peut être qualifiée de performance collective. Dans la salle de cours où j’enseignais (je suis professeur d’arts plastiques dans l’école nationale d’architecture Paris Val-de-Seine), j’ai dégagé un espace rectangulaire aux coins duquel j’ai placé 4 enceintes (de monitoring, de qualité moyenne), reliées à mon ordinateur par une carte son externe. J’ai joué un morceau quadriphonique de dix minutes, composé de quatre pistes distinctes, chacune avec un bruit de fond différent (un buzz médium aigu, le son chaotique d’un radiateur à eau mal réglé, un enregistrement de pluie, un autre de bruits de pas dans un couloir du métro parisien). Les sons ont été montés ensemble pour durer exactement dix minutes, et pour commencer et finir ensemble. Il n’y a pas de progression particulière, pas d’intention de montage affirmée. Ce sont des nappes de sons anodins, sans relief marqué. Chacune des quatre enceintes diffusait donc un de ces sons.

Les étudiants (de deuxième année : Alexandre Ake, Alexia Bolzoni, Louise Castelli, Ludivine Foucher, Sullivan Josso, Cindy Lim, Marie Prel, Perrine Vemclefs) étaient munis d’enregistreurs, deux Zoom H5 (avec leur casque) et l’application ad hoc de leur smartphone (sans écoute de contrôle). La consigne était simple : ils devaient enregistrer en continu dans le rectangle sonore, en se plaçant où ils voulaient, en restant immobiles ou en se déplaçant. Ils ont occupé l’espace, allant d’une enceinte à l’autre, parfois restant indécis quant à ce qu’ils voulaient enregistrer, parfois ne parvenant pas à se rapprocher assez de la source sonore qui les intéressait, car d’autres étudiants l’entouraient déjà. J’ai ensuite récupéré leur enregistrement et les ai tous montés sur un fichier huit pistes qui a été diffusé sur un acousmonium, chaque piste n’étant jouée que par une enceinte. Les auditeurs étaient invités à se placer où ils le souhaitaient dans l’espace de diffusion, à écouter le mix sonore des huit pistes là où ils se trouvaient, ou seulement le son diffusé par un haut-parleur, ou à se déplacer.

L’effet produit était étrange. Ça ne ressemblait pas à de la musique. On avait l’impression d’être dans une masse sonore peu définie, en équilibre instable, continuellement en légère mutation, occupant tout l’espace mais plus ou moins dense à certains endroits, sans mouvements sonores clairs et reconnaissables. L’œuvre était-elle réussie ? Je ne saurais le dire. Mais l’expérimentation m’a semblé intéressante.

Je n’ai pas composé la spatialisation. Je n’ai pas décidé des positions, des mouvements ou des trajectoires sonores. Je n’ai pas pris cette responsabilité. Mais j’ai développé une démarche pour que d’autres le fassent à ma place, et que l’action des interprètes (comment ils ont enregistré les sons, où ils se sont placés, la trajectoire qu’ils ont suivie) soient captée par leur enregistrement, projetée dans et par une enceinte, en diffusant sa trace sonore. Chaque enceinte est comme incarnée dans et par le son, relayant la spécificité de l’interprète, son matériel d’enregistrement, et amplifiant son originalité par ses qualités de diffusion spécifiques.

L’acousmonium a été ici un outil de transposition d’une performance dans un espace sonore, transformant un rapport hiérarchique (professeur/élèves), des pratiques (d’étudiants, de preneurs de sons), des modes d’occupation de l’espace (ils marchaient dans un espace restreint), en une diffusion sonore spatialisée. Plutôt qu’à une approche musicale, la démarche s’apparente à une forme de simulation, par laquelle on décale un phénomène dans un univers différent (c’est pour cette raison qu’on produit des images en 3D, pour préfigurer des bâtiments plus facilement qu’avec le jeu de plans, coupes et élévations). Mais c’est une simulation déviante, dont la valeur heuristique est pauvre (bien malin qui pourra reconstituer la performance à partir du son diffusé dans l’acousmonium), mais qui fournit de nouveaux modèles pour une pratique sonore avec un orchestre de haut-parleurs.

Et bien d’autres créations sonores spatialisées sont possibles.

22. septembre 2016 par celio
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Captations fête de sortie LAM#3 à l’espace Khiasma, le 30 novembre 2015

L’espace Khiasma nous a ouvert ses portes, le lundi 30 novembre 2015, dans le cadre des « Lundis des revues ».

Performances sonores, projections vidéos, conte, discussions et débat. Ce fut une belle soirée dont nous vous proposons ici d’écouter la captation prise de la salle – ne vous attendez pas à un enregistrement de qualité hi-fi : c’est avant tout un document !

22. septembre 2016 par celio
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Rhapsodie sur L’Autre musique : penser les arts sonores aujourd’hui

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Cet article est la reproduction de l’article publié par le CRANE Lab dans les « Cahiers de recherches et actes  » des « Rencontres Acousmatiques 2016 ».

Publication complète ici.

 

« Ce qui m’embête, ce sont les malices de plan, les combinaisons d’effets, tous les calculs de dessous… 1» Flaubert

La structure rhapsodique de la narration est une structure particulière non linéaire où l’action de raconter ne consiste pas à faire mûrir une histoire puis la dénouer selon le modèle organique (naître, vivre, mourir//forme) c’est-à-dire dans une suite d’épisodes logiques. La rhapsodie au contraire consiste à juxtaposer purement et simplement des morceaux itératifs et mobiles : « le continu n’est alors qu’une suite d’apiècements, un tissu baroque de haillons. […] Cette construction déjoue la structure paradigmatique du récit (selon laquelle chaque épisode a son « répondant », quelque part plus loin, qui le compense où le répare) et par là même, esquivant la lecture structuraliste de la narration, constitue un scandale du sens : le roman rhapsodique (sadien) n’a pas de sens, rien ne l’oblige à progresser, mûrir, se terminer. (Barthes, 1974, p. 144) 2» La rhapsodie, pour construire son texte, use de toutes les formes de coutures. Elle met en co-présence par rapprochement, elle use des béances et des trous, elle mute et transforme. Comme toujours notre plasticité prise dans des mouvances contradictoires du ]donner-recevoir-détruire[ l’écriture de notre poïétique est à la fois une rhapsodie, un patchwork et l’action même de parfiler, de dé-tresser.

***

« Nous vivons un entracte avec orchestre. » Bernardo Soares (Pessoa, Livre de l’intranquillité)

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La double altération (le double dièse) choisie pour L’Autre musique3 rappelle la notion d’ « intercesseur » de Deleuze. L’intercesseur c’est celui qui intervient en faveur de quelqu’un (« J’écris pour les cochons » dira Antonin Artaud) et celui qui fait opposition.

L’intercesseur est la condition d’une mise en mouvement urgente de la recherche en art et avec l’art.

L’intercesseur est la condition du pas de côté (Gébé).

L’Autre musique, c’est l’autre, l’altérité autant que l’altération (rendre, changer, modifier, détériorer, dénaturer, dégrader).

Cette double altération favorise la recherche de son point de sous-developpement, de son tiers-monde (Deleuze, Guattari).

Produire le discours de la minorité.

Lutter contre les discours prêt-à-porter (colonisateur) sur l’art (rarement avec l’art) et de la recherche.

La double altération de l’Autre musique constitue notre nomadisme. Elle nous force à être dans le mouvement, à penser la forme comme plastique, c’est-à-dire comme un processus de ]donner, recevoir, détruire[, comme des « agrégats sensibles » (sens(ibles)).

Ce qu’on continue à nommer « forme » n’est qu’une cristallisation temporaire. Un précipité labile, mutable et fragile entre tous les objets en présence : les acteurs et le milieu.

« la victime désignée de ce sacrifice [étant] le spectateur : œil plus oreille » (Celant, Notes pour une guérilla)

***

« s’insérer sur l’onde préexistente »

« arriver entre »

Deleuze

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12. septembre 2016 par Mathevet Frédéric
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Nouveau Chantier : Comment enseigner les arts sonores ?

how-teach-sound-art-l-autre-musiqueComment enseigner les arts sonores ?

 

How to teach sound art?

 
Le laboratoire L’Autre musique propose de penser collectivement l’enseignement des arts sonores. Les artistes-chercheurs de L’Autre musique attendent vos propositions de cours sur les notions suivantes : bending (déformation/détournement) et destruction, contexte/situation, DIY, écologie sonore, écriture (partitions traditionnelle, graphique, vidéo…), engagement (politique, social), field recording, hacking/crack (modification de code), in situ, installation, interactivité, intermédialité, minimalisme, art conceptuel, mixer/monter, musique sans son/silence, organologie augmentée/nouveaux instruments, performance, poésie sonore, programmation (C.A.O.), radio art/diffusion/connexion, sample (emprunter, citer), spatialisation, etc.

Bien sûr, cette liste n’est pas exhaustive. Vous pouvez proposer un cours sur un autre sujet qui vous semblerait correspondre au thème de ce chantier.

 
L’Autre musique laboratory offers to think collectively how to teach sound art. Artists and researchers from L’Autre musique are waiting for your proposals courses about the following concepts: Acoustic ecology, Bending (deformation /diversion) and destruction, Commitment (political, social), Context/situation, DIY, Field recording, Hacking/crack (code changes), In situ, Installation, Interactivity, Intermediality, Minimalism/conceptual art, Mix/cut, Music without sound/silence, Augmented organology/new instruments, Performance, Programming (C.A.O), Radioart/distribution/login, Sample (borrow, quote), Sound poetry, Spatialisation,Writing (traditional score, graphics, video…)
This list is not exhaustive, you can suggest a course on another topic that you think would match the theme of this project.

 
Pour faciliter la réception et la publication de votre cours d’arts sonores, nous vous demanderons de respecter le cahier des charges suivant :

For ease of receiving and publishing your course of sound arts, we ask you to respect the following specifications:

  1. Préciser la ou les notions abordées :………………………………………………………………………………………..

Specify concepts discussed:…………………………………………………………………………………………………..

2. Introduction rapide et problématisée du cours (2500 caractères maximum) :

Quick and problematized Introduction Course (maximum 2500 characters):…………………………………………………………………………

3. Exercice ou pratique envisagée à destination d’étudiants en art ou d’élèves de tous les niveaux (à préciser) :……………………………………………………………………………………………………………………………

Exercise or proposed practice to the art students or students at all levels (please specify) : …………………………………………………………………………..

Le cours doit être envisagé comme un cours engageant une pratique et une réflexion auprès des étudiants ciblés.

4. Liens vers les exemples de réalisation ou vers des exemples nécessaires à la compréhension du cours (Youtube, Vimeo, Soundcloud, Bandcamp, etc. Seules les images seront jointes, en JPEG)

The course must initiate practice and reflection among students.

Links to the embodiments or examples needed to understand the course (Youtube, Vimeo, Soundcloud, Bandcamp, etc. Only the images will be attached in JPEG)

 J’autorise la diffusion de ce cours par L’Autre musique.

 Ce cours est une ressource éducative libre sous licence CC (Ressources Éducationnelles Libres/Licence Creative Commons Attribution — Pas d’Utilisation Commerciale — Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.)
 I authorize the publication of this course by L’Autre musique.

 This course is an open educational resource under CC license (Open Educational Resources / License Creative Commons Attribution – Noncommercial -. Sharing in the Same Conditions 4.0 International)
Envoyer vos propositions à contact@lautremusique.net
Submit your proposition at contact@lautremusique.net

17. mars 2016 par Mathevet Frédéric
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Esthétique ostéopathique, ou considérations pratiques d’autodéfense contre le capitalisme sorcier.

Le texte qui suit est un texte poétique ou poïétique. Il ne prétend pas faire la lumière sur la danse butō, ni sur la musique électroacoustique. C’est plutôt une promenade, une errance, entre deux pratiques faites de leur histoire et de leur démarche. Une réflexion vue de l’atelier, d’un atelier singulier, fait de son histoire et de ses démarches propres : le mien. Je confis ici le chemin qui m’a permis de retourner à l’atelier avec de nouvelles questions et de nouvelles propositions. Ce texte était disponible en préambule du festival « En chair et en son » et du colloque qui y a été associé. Il est accompagné pour le laboratoire L’Autre musique de la performance Forbidden Colors (Through a body) réalisée avec Sarah Rosheim et Hélène Singer sur l’acousmonium de Motus.

Cette performance et ce texte sont intimement liés. à lire écouter voir ensemble.

« Je vis avec un squelette » pourrait être l’incantation que ne cesse de se répéter le danseur butō. Incantation ? Mais pour quoi et contre quoi ?

La première pièce butō forbidden colors (kinjiki) de Hijikata (d’après le livre de Mishima) est créée en 1959 au VIe festival des jeunes danseurs). S’il est difficile de résumer l’histoire du Japon des années soixante sans faire de raccourcis maladroits et de contresens, nous pouvons cependant évoquer le nœud sensible dans lequel les artistes de cette époque se sont trouvés, tout en assumant le parti pris qu’un tel résumé suppose.

À la fois ouverts à de nouvelles problématiques concernant la nouvelle position économique et le rayonnement culturel du Japon dans le nouveau monde capitaliste qui se dessine dans les sixties et centrés sur des questionnements liés à leur identité culturelle malmenée par l’occupation américaine et les catastrophes nucléaires de la Seconde Guerre mondiale, les artistes japonais des années soixante bénéficient d’une dynamique ambiguë mais féconde. La tutelle américaine qui occupera le Japon jusqu’en 1951 (traité de San Francisco) encouragera l’empire au changement en proposant une nouvelle constitution et des aides financières qui mettront aux Japonais le pied à l’étrier d’un capitalisme global et généralisé. Le Japon des années soixante est un Japon prospère qui connaît un apogée économique et culturel dont la croissance ne se démentira pas, jusque dans les années quatre-vingt-dix.

C’est durant ces années soixante que Tatsumi Hijikita crée une danse qui allait devenir le butō. Il écrivait alors à propos de cette nouvelle pratique :

« Cet usage du corps dénué de toute finalité auquel je donne le nom de “danse”, je le veux être l’ennemi le plus détestable et le plus tabou de notre société productiviste. Si la danse que je pratique a quelque chose en commun dans ses principes avec le crime, la pédérastie, la fête et le rituel, c’est précisément parce que, de la façon la plus ostensible, elle est l’acte même d’une exhibition, par devant ladite société de la productivité, de cette absence de fin. En ce sens, je considère que ma danse – qu’elle trouve son point de départ dans le simple combat avec la nature ou dans une activité propre de l’être humain, crime et pédérastie compris – peut être une forme de protestation contre l’aliénation inhérente au travail dans nos sociétés capitalistes »

Dès lors, il traçait une ligne entre le spectacle du corps qu’il donnait et la critique de la société dans laquelle il évoluait. Une société en plein essor économique mais ne pouvant s’échapper de « l’alternative infernale » du capitalisme, de la « société de la productivité » comme il l’écrit. La danse butō allait s’inspirer à la fois de la tradition japonaise de la danse et du théâtre (Nō, Kakubi…), tout en la revivifiant avec le mouvement pictural d’avant-garde Gutaï et l’art moderne de la vieille Europe (expressionnisme, surréalisme et dadaïsme en particulier) pour proposer des performances dansées qui auraient les qualités d’un anti-art (où l’art est critiqué comme art consumériste) et les vertus d’une dépossession de la société productiviste ou d’une re-possession de l’identité culturelle perdue. Car pour le dire avec Isabelle STENGERS et Philippe PIGNARRE1, le capitalisme est sorcier. Il envoûte, il ensorcelle. 

« Marx ne montre-t-il pas la manière dont sont truquées toutes les catégories à vocation consensuelle, depuis celle de l’économie politique jusqu’à celles qu’articulent les nouveaux idéaux démocratiques (droits de l’homme) ?

Ces catégories se présentent comme définissant un monde que l’on pourrait dire “normal”, enfin rationnel et éclairé. Plus de castes s’opposant à l’ascension sociale, chacun sa chance ; plus de transcendance oppressive, chacun ses opinions librement exprimées et diffusées ; plus d’esclavage, plus de valeur que le marché assigne à cette force. Mais ces catégories composent un monde de fiction, un monde d’abstractions qui ensorcellent la pensée et la séparent de ce qui est en train de se passer, et qui n’a aucun rapport avec ce que l’on peut associer à la justice, à la liberté, à l’égalité. »

Cependant le danseur butō, me semble-t-il, va plus loin. Il montre que cet ensorcellement n’est pas seulement un ensorcellement de la pensée, mais une possession du corps. C’est le rythme global dépendant d’une certaine volonté productive — contre laquelle on ne peut soi-disant rien faire — alternant production et loisir événementiel qui possède nos corps de « petites mains » affairées au mépris de notre idiorythmie (notre rythme singulier). Ce sont aussi les postures de nos squelettes qui sont calibrés et formatés par les « modulors » raisonnés par souci d’efficacité productiviste, ingénieusement préparés pour chaque poste que l’on peut occuper. La création du butō peut être comprise comme une tentative de repousser cet envoûtement ̶ c’est l’hypothèse que je formule ̶ une façon de « ressaisir le potentiel de la danse comme imaginaire criminel », pour reprendre les termes de Shibusawa à propos de Tatsumi Hijikita, contre toutes les possessions à l’œuvre dans notre corps. Lire la suite →

06. janvier 2016 par Mathevet Frédéric
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Fragments de pensées (suite au colloque « En chair et en son »)

Texte écrit par Luc Larmor, octobre 2015.

acousmabuto5Je suis reparti dans mon atelier, nourri d’analyses rigoureuses et de pistes de réflexion éclairantes. Le colloque fut pour moi très riche, une belle ouverture. Fort de ces enseignements, je me propose dans ce court texte, de donner succinctement mon point de vue de musicien, sur l’enjeu du colloque. Un enjeu résumé dans l’éditorial du programme par cette proposition de Frédéric Mathevet : Faire se rencontrer la musique acousmatique et la danse butô, « c’est en quelque sorte l’auscultation d’un ma, c’est-à-dire d’une distance qui unit ». Brièvement et à la lumière des débats, je me propose d’apporter un simple élément de réponse à l’unique question suivante : Où se situe la nécessaire distance qui sépare les deux disciplines et qui, loin d’être un fossé infranchissable, peut être pleinement considérée comme une hypothèse de rencontre artistique ?
Lors des échanges, nous avons entrevu une chose fondamentale, quelque chose que nous avons également ressenti et éprouvé à l’occasion du festival. Cette distance doit demeurer scrupuleusement intacte, comme une condition irréductible, un donné de l’expérience artistique. Une distance, non pas à assujettir ou résoudre, mais à pratiquer.

Il existe, dans les deux disciplines, la « même » volonté de rejeter toute codification formelle excessive, de mettre en œuvre, non pas quelque chose de l’ordre d’une esthétique, mais de l’ordre, directement, d’un phénomène. « Mon corps, ce n’est pas moi », pourrait dire le danseur butô. Le son est le résultat d’une écoute réduite pour le musicien se revendiquant d’une pratique acousmatique de la musique. Tous les deux tendent à rejoindre un phénomène « pur ». Un phénomène brut, qui se livre sans a priori, comme une expérience. Dans un cas comme dans l’autre, le même désir de préserver la matérialité des choses en chassant l’idée de représentation, en évitant la désignation.

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04. décembre 2015 par Mathevet Frédéric
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