Manuel d’arts plastiques

 

Une généalogie du projet l’autre musique:

Avant que vous ne les lisiez, j’aimerais apporter quelques éclaircissements concernant l’écriture de ce présent ouvrage et du manuel d’arts plastiques tome deux, son double (quoiqu’il ne soit pas seulement l’ombre de ce premier livre,). Je ne voudrais pas que mon projet soit mal interprété, dans la mesure où s’inscrit a priori entre ces deux objets un manque apparent, le lieu d’où je parle, le lieu où ont été écrits ces deux livres et où ils retournent pour en devenir une partie essentielle de ce qui s’y trame ― l’atelier !

 

J’insisterai sur cette absence « apparente » parce que, paradoxalement, vous pouvez être convaincus de sa présence. En effet, on retrouve tout entier l’atelier dans le projet, l’écriture « multiple » et l’intention de ces deux ouvrages. Mais l’atelier, ou « mon » atelier, devrais-je dire, est « centrifuge ». Il est à l’image de la plasticité soutenue dans ces deux textes, parce que c’est elle-même qui est centrifuge : elle est toujours tournée vers l’extérieur… parce qu’elle est généreuse.


En effet, ma pratique est doublement présente dans ces deux livres. D’une part, le fil du texte s’appuie sur des exemples qui sont des reproductions de mes travaux personnels (plus particulièrement dans le second tome). Son écriture est le précipité d’un double mouvement – un va-et-vient – entre le retour réflexif sur mon travail et la projection vers le travail à venir. D’autre part, mais c’est une conséquence logique de notre remarque précédente, c’est aussi la gymnastique plastique qui s’intrigue à l’atelier centrifugé qui a rendu possible ces deux livres : ils sont le résultat de la plasticité, parce que c’est mon atelier qui motive la forme et les liens qu’entretiennent ces recueils. Mon atelier est à la fois « dedans » et « entre ». Dedans, parce que l’écriture s’y précipite en s’y appuyant, et entre, parce que l’écriture plastique scrute ces formes locales et leurs rapprochements, leurs confrontations, leurs montages, ainsi que l’image globale que représentent ces deux tomes.

 

L’atelier dont il est question dans ces deux livres est donc le mien. Ce lieu mi-fictif mi-réel où se joue l’essentiel de ma « gymnastique » plastique quotidienne. Cet espace aux bords flous qui se déplace avec moi, qui est parfois à ciel ouvert, parfois borné. Ce lieu sans séjour, pour paraphraser Daniel Charles, qui est aussi un séjour sans lieu. Un absolu chantier d’images, de dessins, de notes, de sons, de plans vidéo, qui se rapprochent, s’éloignent, mais aussi se contaminent, se confrontent et se mêlent. C’est ici que les deux manuels transpirent. Et les œuvres redessinées, celles des autres et les miennes, les analyses, les métaphores, les jeux, les liens et les passages entre chacun de ces deux livres rendent compte de l’atelier singulier qui les a vu naître. Ces deux manuels sont comme le résultat d’une centrifugation.

 

Alors, dans leur forme distanciée, ils donnent, je l’espère, une image juste de cette pensée d’atelier qui ne souhaite pas regarder seulement son nombril. Ces deux livres sont et rendent compte de ce bricolage perpétuel, où se côtoient sur les rayons de la bibliothèque les catalogues d’art contemporain, les textes philosophiques, les partitions, mais aussi les bandes dessinées et les livres de cuisine… qui plus est lorsque cet humble savoir folié se glisse entre les dessins, l’ordinateur, les instruments de musique et dans la mesure où son but reste, comme priorité, la pratique : retourner à l’atelier dès demain, malgré l’arrêt théorique momentané que représente l’écriture de ces deux manuels.

 

Ces recueils essaient d’être au plus proche, c’est-à-dire qu’ils tentent d’examiner objectivement les phénomènes réels d’élaboration des œuvres au sein de mon atelier1 et ils en constituent le produit. Ce serait une erreur que de penser que ces deux recueils ne reposent sur rien et qu’ils ne livrent qu’une fiction du travail artistique, qu’une métaphysique. Au contraire, l’atelier centrifuge exige une écriture complexe faite de passages, de rapprochements et de confrontations. Ces recueils sont des tapis. C’est une pensée sur le chantier qui l’exige : quelques prises de vue fugitives du sol de l’atelier où l’on aurait cherché à rapprocher des fragments de journal intime, des œuvres, des croquis, des sons… et ausculter le sens entre les coutures : les figures de la gymnastique engagée dans l’atelier sont toutes entières prises dans le texte, dans les images et dans leurs liens. Il ne s’agit pas bien sûr de fixer une fois pour toutes une pratique artistique, mais d’épingler ce moment jusqu’à une prochaine fouille entre ses coutures.

20. novembre 2012 par Mathevet Frédéric
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