Enquête « Meanwhile, In Fukushima »// Dominique Balaÿ

Enquête « Meanwhile, In Fukushima ».

Investigation « Meanwhile, In Fukushima ».

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Dans le cadre de l’enquête « Engagement, Résistance, Usage Social » sur la participation au projet de Dominique Balaÿ « Meanwhile, in Fukushima », voici les premières réponses de Dominique Balÿ lui-même, initiateur du projet.

« et plus j’écoute plus je me dis qu’il y a autant de plans et de lectures que de contributions,

avec pourtant une consistance de l’ensemble, une densification comme dit P.Cazelles

Un peu à l’image de la pièce de Salvatore Puglia et Philippe Poirier, ce projet est oblique par rapport à la catastrophe de Fukushima (et aux traitements habituels de telles catastrophes, politique, scientifique, artistique…) mais finalement assez solide dans ses développements et sa façon de “faire corps”.

Cela renvoie bien sûr au premier manifeste du projet fukushima!, dans lequel je m’inscris depuis le départ (“nous avons besoin de l’art, de la musique et de la poésie comme voie de connaissance”) : il s’agit bien que l’art soit possible même en temps de détresse.

Et pour commencer à répondre à ta question, ce serait le sens de l’engagement, à comprendre ici non comme appel à l’action. On ne fait pas de la musique ou de l’art pour servir une collecte de fonds par ex. Il n’y a pas de remise à plus tard ni de notion de service. L’engagement n’est pas en soi une “valeur” qui anime ce projet (ou même mon existence, si je devais réduire mon existence à ce projet, ce qui n’est pas le cas), il ne sert pas une cause : même si cela peut éventuellement se produire en certaines occasions : par ex je travaille actuellement à faire éditer le projet, et j’ai proposé au label de reverser les droits à une association de Fukushima, tous les artistes concernés par cette partie du projet en ont été d’accord, le label n’a pas encore répondu sur ce point.

 

Pas d’engagement existentiel donc.

Mais engagement plutôt comme persistance et insistance.

Persistance : on prend la mesure de cette nouvelle donnée du réel, elle est ce qui donne forme à notre sensibilité, à nos échanges, à nos déplacements mêmes, et sautant allègrement les échelles, elle influe jusqu’à l’agencement de nos cellules pour nous introduire à quelque chose d’inhumain (Laurent Mabesoone …). On ne s’en détourne pas, on parle bien de ça et pas d’autre chose : même si la chose dont on parle – “Fukushima” – est en soi sujet à une multiplicité d’approches – le nom même de Fukushima et son utilisation est problématique comme nous le rappelle si bien Ryoko Sekiguchi – , parfois violemment contradictoires. D’une contribution à l’autre, on peut se retrouver aux antipodes sur le plan de l’esthétique, de la sensibilité, des intentions, du discours, de la forme d’engagement …

C’est d’ailleurs ici que la notion cartographique activée par le projet prend tout son sens, le fait d’associer un média à une géographie n’est pas accessoire, un simple plugin – mais une façon de reformuler la question d’ensemble : d’où parlons-nous ? Comment sommes-nous touchés, mis en mouvement ?

Et si on s’en détourne, si on choisit de reformuler la question, c’est parce qu’on ne peut pas tenir, trop de solaire (P.Pannetier), trop de sacrifice (A.Chauzenoux)

Et une insistance : on se tient ensemble autour d’une possibilité à construire et à faire vivre – “I want music”, s’exclame Otomo à la fin de son interview, ce qui m’avait alors paru très fort pour un musicien tel que lui : en disant cela, il se reprenait, il en était au début de quelque chose ! Et il disait çà justement en réaction aux innombrables sollicitations pour des colloques au sujet de Fukushima où il se voyait cantonné à un rôle militant dans lequel il sentait qu’il s’épuisait et perdait la possibilité de l’art.

 Donc engagement, au sens où nous sommes engagés par le réel lui-même à découvrir et maintenir de nouvelles possibilités de vie, qui sont nos vies elles-mêmes (ce que nous faisons déjà, ce que nous sommes déjà), densifiées, confrontées à une catastrophe qui les met en danger réellement (le problème de santé publique au japon est réel, il n’est pas culturel ou une vue de l’esprit) et ontologiquement (cette catastrophe n’est pas à la mesure humaine, elle nous fait toucher l’inhumain). »

Dominique Balaÿ, mail du 13.12.2012, 12h19.

14. décembre 2012 par Mathevet Frédéric
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