Enquête « Meanwhile, In Fukushima »//Michel Titin-Schnaider//Le 6 mai le Japon s’est réveillé sans énergie nucléaire

Enquête « Meanwhile, In Fukushima ».

Investigation « Meanwhile, In Fukushima ».

アンケートのお願いと使用用途

Dans le cadre de l’enquête « Engagement, Résistance, Usage Social » sur la participation au projet de Dominique Balaÿ « Meanwhile, in Fukushima », voici les réponses au questionnaire de Michel Titin-Schnaider

Pourquoi avez-vous choisi de participer au projet « Meanwhile, in Fukushima » ?
Parce que je suis très sensible à ce sujet du nucléaire. En France les « lobbies » sont tout puissants l’erreur humaine et technologique est déclarée  « impossible »…le nuage de Tchernobyl s’est d’ailleurs arrêté a nos frontières.  Les informations sont filtrées voir inexistantes ; C’est une situation inacceptable.

En quoi« fukushima » est-il un événement pour lequel on peut s’engager ?
Comme toujours dans notre histoire il faut attendre un évènement dramatique pour que l’ensemble de la population se mobilise et renverse un système verrouillé par la corruption ou l’immobilisme, la désinformation, les équilibres de pouvoir… Fukushima a mis les Japonais dans la rue pour manifester…par dizaine de milliers, ce qui est extrêmement rare dans un pays où on ne doit pas « sortir du rang » ! C’est une occasion qu’il faut saisir.

Pouvez-vous décrire la pièce que vous avez proposée à « Meanwhile, Fukushima » ?
La pièce se nomme “Le 6 mai le Japon s’est réveillé sans énergie nucléaire”
Quel bonheur ce jour d’entendre cette nouvelle incroyable aux informations !
Malheureusement cette situation unique n’était économiquement pas tenable, mais c’était un symbole

Depuis longtemps j’avais envie d’illustrer cette « peur primitive » que j’ai devant ces monuments de béton et le danger latent et insidieux qui en émane.
Je suis ingénieur et je sais que la technologie n’est pas infaillible, surtout lorsqu’elle est gérée par des hommes dans des contextes économiques « malsains » (bureaucratie étouffante ou au contraire sous-traitance qui déresponsabilisent).
La non-information qui règne dans notre pays sur ce sujet s’est révélée flagrante lors de l’après Fukushima et a réactivé mon projet.
L’élément déclencheur a été la musique, une pièce composée en 2007 : « Homophonie pour piano et synthétiseur » : une seule note de piano jouée inlassablement, avec brutalité, et dont le contenu harmonique se déforme, se détruit peu à peu grâce au synthétiseur)
En réécoutant cette pièce  j’ai tout de suite eu l’idée d’un diaporama : chaque note de piano dans sa violence nous assène une nouvelle image. Et les traitements vidéo détruisent peu à peu la réalité (comme le synthétiseur a détruit les subtiles combinaisons harmoniques) et renforcent l’aspect inquiétant, voire terrifiant, de ces monstres de béton.

Quels sont les choix sonores, de compositions, de dispositifs… qui traduisent votre
engagement ?
Je n’ai pas spécialement de technique de composition et chaque projet « invente » sa propre technique. Il peut s’agir d’enregistrer certains discours de grands patrons ou de philosophes, d’utiliser des textes tels que ceux de Kafka ou de Falk Richter, des sons de destruction,  ou de travailler les dissonances et les désaccords afin d’illustrer un certain malaise, ou une tension…

Ou comment votre engagement passe-t-il dans votre musique
Ma musique est de plus en plus en rapport avec la réalité du monde qui m’entoure et le besoin d’exprimer une certaine révolte, de témoigner des « insoutenables » (je renvoie ici à l’ouvrage de Yves Citton « renverser l’insoutenable »)
J’ai commencé par composer une pièce (« Recordare ») qui traduit mon rejet personnel de la religion (cette « imposture universelle » selon Michel Onffray): dans cette pièce, les textes de l’Ancien Testament (« Recordare respice opprobrium nostrum: Regarde: vois ton opprobre ») sont retournés contre l’institution…
« Inoxophonie » pour plaque d’inox et ordinateur,  décrit un monde dont l’organisation de plus en plus frénétique se trouve totalement submergée et détruite par un cataclysme total. Cette pièce  peut trouver écho dans les récents évènements du Japon…la peur que tout ceci finisse par une catastrophe
« Moctezuma, le chant des cendres » parle de la conquête, de la colonisation sur laquelle notre monde de privilégiés s’est construit, une situation de plus en plus insoutenable.
« La Tentation Anarchiste » (qui est également une vidéo ayant été présentée a la biennale d’Art Contemporain de Mérida) parle de ce sentiment de révolte devant le cyber capitalisme et les excès du monde de la finance. C’est aussi le témoignage d’un « petit privilégié » qui sent que le monde s’il continue dans cette voie court a la catastrophe.
« Le Terrier » sur des textes de la nouvelle de Kafka, parle du sentiment d’insécurité qui s’étend dans nos sociétés et qui est fabriqué par les lobbies proposant systèmes de télé- surveillances, vigiles et alarmes en tout genre !

Enfin mon dernier projet musical (qui devrait se concrétiser par un 7e album) traite de la mondialisation et de la post mondialisation. Il s’agit d’un travail ou la musique tente (dans une certaine mesure) d’illustrer certaines pensées philosophiques (Nietzsche, Heidegger, Luc Ferry) expliquant l’évolution de notre monde et ses « possibles » futurs.

14. décembre 2012 par Mathevet Frédéric
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