Enquête « Meanwhile, in Fukushima »// Thierry Charollais// Fear in Fukushima

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Dans le cadre de l’enquête « Engagement, Résistance, Usage Social » sur la participation au projet de Dominique Balaÿ « Meanwhile, in Fukushima », voici les réponses au questionnaire de Thierry Charolais pour sa pièce Fear in Fukushima.

écouter Fear in Fukushima.

 

Pourquoi avez-vous choisi de participer au projet «Meanwhile, in Fukushima» ? En quoi « fukushima » est-il un événement pour lequel on peut s’engager ?

Le projet avait plusieurs aspects qui m’intéressaient.

D’abord, l’événement en tant que tel, qui m’a marqué. Même avec la distance, la catastrophe nucléaire de Fukushima a ébranlé le monde entier et provoqué d’intenses débats politiques concernant la production de l’énergie nucléaire. En Suisse, mon pays d’origine et mon pays de résidence, Fukushima a également amené le débat, et la question de l’abandon définitif de l’énergie nucléaire a été mise à l’ordre du jour. En outre, cet événement pose la question de la probabilité qu’un tel événement se produise, et de près ou de loin, on ne peut qu’y être sensible. Il n’y a pas d’inégalité face aux dégâts d’une catastrophe nucléaire, que l’on vive au Japon

(qui l’a déjà historiquement vécu avec les bombes de Hiroshima et Nagasaki en 1945), en ex-URSS avec Tchernobyl en 1986 ou aux USA avec Three Miles Islands en1979. Et ne parlons pas des incidents nucléaires arrivant à répétition dans de nombreuses centrales, et des véritables bombes à retardement que constituent

des centrales nucléaires fonctionnant encore, mais qui sont à l’état de poubelles.

Le fait de mettre à disposition des œuvres sur le site du projet correspond à une sorte de « cri du cœur » des artistes participant au projet. Une sorte de mobilisation artistique, initiée de manière très libre à toute personne, connue ou non, de pouvoir s’exprimer librement, sans entrave et sans contrainte. Cet aspect m’a beaucoup intéressé car on pouvait s’exprimer sans concession et « crier » tant que l’on voulait.

Exprimer ce cri constituait une démarche qui m’intéressait musicalement (cf. question suivante).

Pouvez-vous décrire la pièce que vous avez proposée à « Meanwhile, Fukushima » ?

Il se trouve que j’avais déjà composé une œuvre quelques jours après Fukushima. Mais elle restait assez cérébrale, presque trop intellectuelle par rapport à l’événement. J’ai donc renversé la démarche et je suis parti de la question : quel est le premier sentiment que l’on peut éprouver lors d’une catastrophe nucléaire ? Pour moi, clairement, c’est la peur. La peur de mourir, mais aussi la peur de survivre dans un environnement irradié, détruit à jamais, post-apocalyptique.

« Fear in Fukushima » (« Peur à Fukushima ») se propose de créer cette ambiance de peur, de désolation, de fin du monde.

Quels sont les choix sonores, de compositions, de dispositifs… qui traduisent votre engagement? Ou comment votre engagement passe -t -il dans votre musique ?

Pour la pièce « Fear in Fukushima », je suis parti d’abord… d’une erreur ! C’est presque ironique, car pour moi, la production d’énergie nucléaire est une erreur, un non-sens absolu de production énergétique. J’ai d’abord créé les ambiances notamment à partir de matériel que j’avais enregistré au Centre européen de recherche nucléaire (CERN) dans un objectif de field recording – j’habite à moins de 5 km du CERN.

Peu de temps avant de poster ma pièce sur le site « Meanwhile… », j’ai remarqué qu’il y avait les samples d’ambiances enregistrés à Fukushima par Koji Nagahata de l’Université de Fukushima. Je ne les avais même pas vus ! J’ai donc effectué un choix de samples in situ qui traduisaient le mieux ce sentiment de peur au sein de la population : manifestations anti-nucléaires, organisation de la vie quotidienne sur le site, etc.

Ensuite, j’ai utilisé les deux sources de manière concurrente, complémentaire, opposée, je ne sais pas trop. Le CERN n’étudie en rien la production d’énergie nucléaire mais s’occupe de recherche fondamentale en physique des particules (il s’ agit donc de la physique nucléaire). Ainsi, pour moi, associer des sons enregistrés au CERN et des sons évoquant une catastrophe nucléaire constitue la traduction sonore des deux pôles totalement opposés de l’homme par rapport au nucléaire. L’un est le savoir et la connaissance de la nature par la recherche scientifique conduite au CERN, et l’autre, la tentation prométhéenne, où l’homme joue avec le feu avec une énergie qu’il s’imagine maîtriser ; on voit le résultat à Fukushima, tsunami à l’origine de la catastrophe ou pas… Ironiquement, cette pièce est une sorte de « fusion »(non-nucléaire !) entre ces deux pôles. Enfin, on peut entendre à certains moments, de manière très discrète d’ailleurs, le son d’une explosion nucléaire, qui évoque l’utilisation de l’énergie nucléaire comme arme, le Japon est malheureusement bien placé pour en savoir les implications…

 

13. janvier 2013 par Mathevet Frédéric
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