Enquête "Meanwhile in Fukushima"// David Christoffel // Le courage - L'Autre Musique laboratoire

Enquête « Meanwhile in Fukushima »// David Christoffel // Le courage

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Dans le cadre de l’enquête « Engagement, Résistance, Usage Social » sur la participation au projet de Dominique Balaÿ « Meanwhile, in Fukushima », voici les réponses au questionnaire de David Christoffel pour sa pièce Le courage.

écouter Le courage ici.

Pourquoi avez-vous choisi de participer au projet « Meanwhile, in Fukushima » ? En quoi « fukushima » est-il un événement pour lequel on peut s’engager ? 

J’ai voulu participer à ce projet parce qu’il me paraissait impossible et, dans une certaine mesure, mal venu. Comme c’est Dominique Balaÿ qui le portait, je pensais qu’il était tout de même possible d’y avoir une position critique, malgré le modèle participatif (et sensément hyper-consensuel) du dispositif. Qui plus est, il me semble que Fukushima ne peut pas être un sujet d’engagement des artistes, parce que l’événement rend la rhétorique de la reconstruction coupablement caduque.

Pouvez-vous décrire la pièce que vous avez proposée à « Meanwhile, Fukushima » ?

Il y a plusieurs couches : les sons liés aux travaux de décontamination, les appels, les oiseaux, les trous. Ces couches sont réparties par moment où elles sont plus ou moins prédominantes et comme il s’en dégage un climat sonore auquel le field-recording nous a accoutumés, il se dégage une étrangeté sensément supportable d’une situation insupportable. Des jeux d’ampleur qui se présentent comme tenables sous prétexte qu’ils partent d’une bonne intention humaniste seraient particulièrement odieux. (Faire carrière artistique envers et contre une situation comme celle-là, c’est en effet la mentalité générale des artistes dans le monde occidental qu’il faudra inventorier après ça.) L’espace sémiotique saturé, bruiteux de sa saturation, post-indus, risque lui-même de virer dans la complaisance d’un faux courage. Bref, une création sonore comme on peut en faire au kilomètre pour pouvoir en dire que c’est le marasme infernal interminable qui est alors sensé devoir s’appeler du courage.

Quels sont les choix sonores, de compositions, de dispositifs… qui traduisent votre engagement ? Ou comment votre engagement passe-t-il dans votre musique ?

Le titre de l’œuvre est « Le courage ». J’avais été frappé, au moment de la catastrophe, que la réaction officielle française isole le courage des Japonais. Indépendamment du cynisme à faire des allusions patriotiques morales devant une situation qui éclate quelque chose du modèle de civilisation tout entier, il est plus que problématique d’essayer de faufiler l’idée que le courage puisse se valoir en réponse. Mes choix sonores consistent donc à faire entendre qu’il peut y avoir beaucoup de violence et de monde insupportable dessous ce qu’il s’agirait alors de continuer d’appeler « Le courage ».

C’est-à-dire qu’il n’y a pas de mon engagement dans ma musique. Il y a que je fais de la musique au moment où je n’en peux plus des formes hypocrites de positionnement. C’est pourquoi j’ai travaillé les transpositions dans le sens d’une nucléarisation des fréquences et la collusion des sons vers une saturation des connotations. En cela, il n’y a pas de dénonciation (à quoi nous exposerait d’en rester là ?), mais une description anti-prétentieuse de la compression de l’imaginaire entre les bruits de machines à décontamination et les chants d’oiseaux survivants.

27. février 2013 par Mathevet Frédéric
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