1 – Première séance

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Nous nous sommes retrouvés un peu avant l’heure, pour installer le matériel d’écoute : un ordinateur relié à deux enceintes amplifiées apportées de Khiasma.
À 9H, comme prévu, Sophie est arrivée avec les enfants, qui se sont installés sans un mot sur les bancs de la salle d’arts plastiques.
Visiblement, nous les intimidons. Il faut dire que nous sommes 5 : Delphine et Sarah de Khiasma, ainsi qu’Hélène, Frédéric et Célio. Beaucoup de nouvelles têtes !
Nous faisons les présentations : Delphine et Sarah parlent de Khiasma ; les artistes d’eux, en deux mots (hésitant à se définir comme artiste, ou comme faisant partie de « l’équipe artistique »), puis du projet, en concluant que, bon, vous comprendrez en le faisant !
Les enfants ne mouftent toujours pas.
Ils commencent à réagir quand on leur demande d’écouter et de nous parler de ce qu’ils entendent, les bruits de la salle, et ceux qui proviennent de l’extérieur quand on ouvre une fenêtre.

Apprendre à écouter le silence.

Serez-vous capables de ne faire aucun bruit ?
Ne pas racler frotter heurter gratter bouger remuer souffler parler.
Difficile pour de jeunes enfants de rester tranquilles sur leur chaise, alors qu’il y a des millions de choses à faire dans le monde ! C’est un truc sérieux ça ! C’est pas du jeu, ce serait avoir le calme à trop bon compte !

Nous diffusons des sons sur les petites enceintes. Il faut deviner.
Deviner ce que faisait de sa journée, du matin au soir, qui ça d’abord ? Un homme, une femme, jeune, vieux ? Quelqu’un qui avait du mal à choisir sa station de radio en tout cas, pas très habile pour trouver la bonne fréquence, ou pas très réveillé, ça ira mieux après le petit café, pour se préparer à une journée parmi les machines de toutes sortes, à croire qu’il était stagiaire, tant il avait l’air familier avec la photocopieuse.
Après sa pause de midi, à la cantine d’Arte Radio croit reconnaître Hélène, ça a recommencé, jusqu’à ce qu’il rentre chez lui, après avoir fait quelques courses, et qu’il se fasse un repas sur le pouce, devant un jeu électronique vintage, c’est pas votre époque, vous aurez du mal à décrire les sons, là ! En revanche, tout le monde a remarqué qu’il n’est pas très concentré : après la radio, c’est la télé qu’il zappe.
Au début une main, puis deux, trois, cinq. Chaque élève a son idée, a envie de dire ce qu’il a entendu (même si quelqu’un l’a déjà dit), veut nous donner son interprétation, parfois très précise. Ça pourrait continuer longtemps, mais c’est la récrée, et ça, c’est sacré !

Au retour, le quizz est plus complexe.
Ce n’est plus une histoire mais un lieu, un moment.
Où sommes-nous ? Dehors dedans ? En ville, à la campagne ? C’est la ferme, c’est la ferme ! Dont ils ont vu les vaches sur la vidéo que les fermiers leur ont envoyée, ceux avec qui ils sont en correspondance pour la classe nature.
Et puis.
Rien.
Ou alors.
FFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFOUCHHHHHH !!!!!!!!!
Ils sursautent.
La vague s’est brisée en un fracas soudain et le ressac nous aspire. C’était la nuit nous expliqua finalement Hélène, mais comment savoir ?
Ça devient plus dur, comme de reconnaître cet endroit, où on a l’air d’être dedans et dehors en même temps, on entend les voitures, mais aussi des gens qui parlent, ou murmurent, ça fait du brouhaha.
Du quoi ?
Du brouhaha.
Brouhaha brouhaha.
Tous ensemble !
Brouhaha brouhaha BROUHAHA BROUHAHA ! D’où ne ressort guère que le bruit du percolateur, mais bon, les enfants, c’est difficile, vous n’allez pas souvent au café, à votre âge !

Et nous continuons le quizz : c’est quoi ce son ?
Est-ce que le bruit d’une chose est toujours tel qu’on se l’imagine ?
Par exemple, quand on enregistre le bruit d’un morceau de viande qu’on découpe au couteau, on a l’impression d’entendre des pas dans la neige.… Et le feu, de près, ça peut ressembler à une soufflerie. Et cette espèce de crissement, mais un peu mat, comment deviner que c’est un concert de bâton qui frotte dans une congère ?
Les mains se lèvent, ça s’emballe.
Toute la matinée à deviner, ils veulent trouver la bonne réponse !
Oubliée la timidité, c’est au premier qui lèvera la main, comme dans un jeu télévisé, parfois avant même qu’ils ne sachent quoi dire.
Et tout ce qu’ils ont entendu les influence. C’est la neige, c’est la neige, c’est un bâton dans la neige !!!
Non, non, attendez… Je vous le repasse, écoutez bien !
Les propositions fusent, la frustration point, les indices ne suffisent plus, même le mime, il faut donner la réponse.
«Je me grattais la barbe.»

C’est l’heure.
les enfants s’en vont.
Leur tête pleine d’images de sons.

 

29. mars 2013 par celio
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