NEW WRITINGS OF SOUND AND MUSIC// Laurent Colomb // Opéra Langue

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Extrait de la partition.

Extrait d' Opéra Langue (répétition) de Laurent Colomb
Montage : Vanessa Goetz et Guillaume Allard de Pentagon.

Le dispositif abouti d‘Opéra langue en format A3 est le résultat de nombreuses tentatives pour typographier les sons de la voix. Bien que l’écriture en fut ralentie du fait de l’utilisation d’InDesign (logiciel peu allant à la spontanéité du geste…), la partition conçue par Vanessa Gœtz et Guillaume Allard a été d’une grande utilité dans le processus d’acculturation de l’œuvre par les comédiens.

Interjections, exclamations et onomatopées abondent dans mon écriture depuis Zang num num : une recherche sur la matérialité du langage augmentée d’une interrogation sur ses facultés mimétiques. Emprunt de néologismes aux 1000 connotations et de virelangues inédites à prononcer, mon écriture s’apparente en définitive, à une épreuve d’athlétisme vocal – pneumatique, lingual, labial et mandibulaire – que seul un dispositif didascalique complet est en mesure d’activer ; tout en contribuant paradoxalement à rendre plus difficile la première rencontre avec le manuscrit. Zang num num comporte trois fois plus d’indications phono-actancielles que de texte monologique, par exemple. Sans conteste, la partition d’Opéra langue dans son plus grand gabarit, autorise le lecteur à imaginer la dimension musicale sous-jacente.

Si le dispositif est simple de prime abord (se résumant à une ou deux pages en avant-propos), il reclame cependant un effort de lecture qui hypertrophie le lettrage, inaugurant une navigation en réseau serré. Entre consigne de jeu et superposition des voix, consignes sonores augmentées de métaphores lorsque les formules phonologique associées aux « mots » pourraient être inopérantes du fait de leur grande complexité, les « mots » eux-mêmes, parfois empruntés à d’autres langues, parfois « innomables » ou résultant de répliques suspendues…, le lecteur est comme secoué, obligé de déchiffrer une variété d’informations rarement rencontrée – surtout dans une pièce de théâtre ! – pour être capable de comprendre le projet artistique qu’elles proposent. Cela oblige à une approche prudente et tout à la fois spontanée, en déplaçant son intérêt sur le résultat acoustique et visuel qu’un tel objet est en mesure d’offrir. Passée cette première phase de curiosité ou d’effroi, le lecteur pénètre pas à pas au départ puis de plus en plus vite, dans un alphabet de sons et de gestes qu’il explore tout à fait. La présence de l’auteur n’est plus nécessaire a priori et la lecture se déplie comme un livre, d’abord à voix haute puis silencieusement, lorsque le regard accoutumé aux mots et aux lignes, se rend enfin capable d’identifier les voix.

01. janvier 2014 par Mathevet Frédéric
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