New Writings on Sound and Music # Clara Maïda

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1/Fluctuatio (in)animi – œuvre musicale pour flûte, violon, alto, violoncelle, contrebasse et électronique

Enregistrement du concert de création à l’Akademie der Künste de Berlin le 25 novembre 2006. KAMMERENSEMBLE NEUE MUSIK BERLIN. Honorary Mention au PRIX ARS ELECTRONICA 2007. Publié sur le CD monographique in corpore vili (DAAD et Edition RZ, Berlin, 2010. Distribution française : label Metamkine).

 

2/ Kinêm(a) – dessin

Maida_Kinema_Dessin

Comment décrieriez-vous cette forme d’écriture du sonore et/ou du musical ?

Je suis fascinée par tous les sons mécaniques, industriels, par la richesse de leur sonorité et par leur qualité irrépressible et leur fonctionnement autonome, imperturbable.

Les deux types d’écriture que j’utilise pour mes créations (musicale et graphique) sont étroitement connectés, mais ils ne sont pas systématiquement associés pour une œuvre donnée. Ils se réfèrent plutôt à la pensée artistique qui sous-tend chacune de mes créations.

Le schéma ou le dessin n’est pas destiné à produire du bruit. La musique n’est pas destinée à évoquer une production visuelle. Mais c’est un même réseau de connexions nombreuses et très imbriquées qui infiltre les deux médiums artistiques et qui est à la source des processus sonores et visuels que j’imagine. C’est mon intérêt pour les rouages, les assemblages d’unités extrêmement minimales qui est à l’origine de la recherche de mécaniques visuelles, d’un côté, et de ces mécanismes sonores « hybrides », entre le mécanique et l’organique (ou presque animal) d’un autre côté.

Les deux créations proposées ici (une œuvre musicale, Fluctuatio (in)animi, et une œuvre graphique, Kinêma) sont représentatives de cette parenté structurale entre mes créations musicales et graphiques.

J’ai nommé mon écriture musicale une « nanomusique », mais je pourrais également nommer mes productions visuelles des « nanographiques ». C’est l’articulation d’éléments infimes qui produit une globalité très complexe, dense et évolutive.

Le bruit, c’est ce qui pourrait être produit, ce que l’on entend ou imagine à chaque niveau local de connexion.

Comment, selon vous, votre proposition peut-elle être interprétée ?

– Fluctuatio (in)animi (œuvre musicale)

On peut y entendre le bruit que fait le corps, tout corps (un ensemble complexe de composés), qu’il soit organique ou artificiel et mécanique. C’est comme si une sorte de microphone virtuel était placé au coeur d’une machine en activité ou au centre des organes vitaux ou du cerveau.

La pièce est d’ailleurs la 1ère partie du cycle de pièces Pyché-Cité/Transversales qui propose une réflexion sur la parenté structurale entre le réseau métropolitain et le réseau cérébral (un même système connectif).

L’auditeur a l’illusion d’être inséré (enserré) dans un immense agencement dont il entend les multiples sons de chaque infime mouvement qui participe à cette collectivité.

– Kinêma (dessin)

C’est un assemblage de dessins réalisés sur format A4, puis scannés et connectés les uns aux autres à l’aide de Photoshop afin d’être projetés sur un écran ou un mur.

L’idée, dans un travail à venir, est d’en réaliser une version animée (les rouages seraient donc mobiles) et de projeter celle-ci pendant la diffusion d’une œuvre électroacoustique ou pendant le cycle de pièces instrumentales Kinêm(a).

Le graphique suggère une immense mécanique dont chaque rouage produirait un bruit infime. C’est la totalisation de toutes ces connexions, de tous ces bruits (virtuels, ici) qui produisent la perception d’un tout cinétique, kinématique (d’où le titre). C’est le mouvement du bruit ou le bruit du mouvement.

Quelles significations ou niveau supplémentaire apporte cette forme d’écriture particulière à la performance et/ou à l’interprétation de l’œuvre ?

Fluctuatio (in)animi (œuvre musicale)

Cette forme d’écriture musicale apporte une cohérence structurale qui influe sur la perception de l’œuvre.

L’objectif est de dépasser la pure perception de surface et de faire affleurer la structure de tout objet (matériel, sonore, etc.).

Avec ce type d’écriture, cette « nanomusique », cette prise en compte d’une multiplicité à l’échelle du « nanosonore », on peut suggérer la complexité du monde sonore urbain dans lequel nous sommes immergés, l’énorme quantité de bruits infimes qui nous entoure au quotidien et qui forge une globalité acoustique artificielle. La production artistique est un moyen de reprendre le contrôle sur les bruits subis et de leur donner une enveloppe esthétique. Elle fait aussi entendre notre environnement autrement.

De plus, en forgeant cet espace sonore hybride, qui mêle des sons urbains et mécaniques et des sons instrumentaux, cette œuvre musicale suggère aussi la complexité de notre corps et ses mutations possibles. C’est un questionnement sur l’« homme augmenté » du XXIe siècle (manipulations génétiques, prothèses de plus en plus performantes, révolution informatique, etc.).

Les frontières entre le naturel et l’artificiel, entre le son musical et le bruit d’une machine, s’évanouissent progressivement.

Le bruit ou le son musical ont la même structure – un spectre sonore plus ou moins complexe, plus ou moins inharmonique. Par conséquent, la passerelle entre l’un et l’autre est susceptible d’être écrite musicalement si l’on tient compte de l’analyse de ces paramètres spectraux. Il est même intéressant de rompre les idées reçues sur le bruit en remarquant que certains bruits (notamment ceux que j’avais enregistrés dans le métro de Paris pour le cycle dont cette pièce fait partie) ont un spectre beaucoup plus harmonique que l’on pourrait le penser et ne sont pas si éloignés des sons musicaux tels qu’on les définit traditionnellement (une hauteur définie).

– Kinêma (dessin)

Il s’agit de donner à entendre le visuel, de susciter l’imagination sonore de celui qui perçoit. Celui-ci associerait mentalement un bruit/un son à chaque rouage. Il pourrait avoir l’illusion d’une sorte de cartographie sonore virtuelle.

Clara Maïda est compositrice. Elle a étudié la musique et la psychologie etvit à Paris et à Berlin. Elle a obtenu la bourse Hors les Murs (Paris, 2012) et du DAAD (Berlin, 2007) et diverses récompenses internationales de composition (1ers Prix de composition de Stuttgart et Berlin-Rheinsberg, Allemagne, Prix Ars ElectronicaHonorary mention, Autriche). Ses pièces ont été jouées par de nombreux ensembles dans le monde entier et programmées sur des radios dans différents pays. 
website : http://www.claramaida.com

21. juin 2014 par Mathevet Frédéric
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